C'est son amitié avec Paul McCartney qui permet à George Harrison de rejoindre les Quarry Men. Fondé par John Lennon, le groupe a besoin d'un guitariste et Paul, qui l'a rejoint quelques mois auparavant propose alors à John d'auditionner George Harrison. Ce dernier gagne son droit d'entrée en interprétant « Raunchy » de Duane Eddy pendant un trajet en autobus. Impressionné par son jeu déjà très prometteur, John finit par se laisser fléchir en dépit de son jeune âge. Il vient d'avoir quinze ans et c'est entre Liverpool et Hambourg, où le groupe fait ses armes, qu'il va devenir à la fois un homme et un guitariste brillant.
Le Beatle timide
Cependant, lorsque le groupe signe chez EMI en 1962, John et Paul se découvrent un talent pour la composition tandis que George, outre la guitare solo, se contente de chanter sur quelques titres comme « Do You Want To Know A Secret » sur le premier album Please, Please Me (1963). Il faut attendre l'album suivant, With The Beatles (1963), pour voir apparaître pour la première fois un morceau signé Harrison (« Don't Bother Me »). Réservé, il fuit tant qu'il le peut le délire de la Beatlemania en essayant de préserver sa vie privée mais sa relation avec le mannequin Pattie Boyd n'est un secret pour personne. Les tourtereaux se sont rencontrés en 1964 sur le tournage du film A Hard Day's Night et convolent le 21 janvier 1966. Dès lors, elle devient son initiatrice dans la découverte de l'hindouisme et sa quête du moi profond.
En véritable touche à tout, George Harrison apprend le sitar (que David Crosby, des Byrds, lui a fait découvrir) et intègre progressivement ses influences orientales dans la musique du groupe. Ses nouvelles compositions (« Love You To », « Within You Without You », respectivement sur Revolver en 1966 et Sgt. Pepper's... en 1967) inaugurent l'ère psychédélique qui déchaîne la seconde moitié des sixties et « The Inner Light » est même son premier titre à figurer sur un single des Beatles (en face B de « Lady Madonna »). Fort de cette reconnaissance, George Harrison se sent pousser des ailes. De « While My Guitar Gently Weeps » à « Something », de « Here Comes The Sun » à « I, Me, Mine », il a rodé son écriture et se sent enfin prêt à rivaliser avec John Lennon et Paul McCartney. Hélas, si sa créativité va crescendo, le duo n'est pas prêt à lui céder plus de terrain et il signe rarement plus de deux titres par album. En 1969, alors que les Beatles tentent de sauver la face en enregistrant Let It Be, il quitte même momentanément le groupe à cause du comportement autoritaire de McCartney. Il revient quelques jours plus tard mais ce revirement n'y change rien : le groupe se sépare, mais George Harrison est passé à autre chose depuis quelques temps.
Triple envol
En 1970, l'ex-Beatle a déjà publié deux albums : la bande originale Wonderwall Music (le 1er novembre 1968) et Electronic Sound (le 9 mai 1969) mais sa carrière solo commence véritablement avec All Things Must Pass, paru en novembre. Libéré, Harrison montre avec ce triple album la quantité de chansons accumulées mais systématiquement écartées des albums par John Lennon et Paul McCartney. Sur la pochette, il pose seul au milieu de sa propriété de Friar Park, entouré de quatre nains de jardin au sol, une évidente déclaration d'indépendance. Unanimement reconnu comme l'un des meilleurs albums de l'année, il caracole en tête des hit-parades et restera son plus grand succès en tant qu'artiste solo. Alors que son envol se fait sous les meilleurs auspices, George subit un revers de fortune qui prendra fin après vingt ans de procédures judiciaires : l'affaire « My Sweet Lord ». En février 1971, alors que le single est numéro 1, la Bright Tunes Music Corporation entame des poursuites à l'encontre de l'ex-Beatle. Les raisons ? Sa ressemblance avec le titre « He's So Fine » des Chiffons, un succès datant de 1963 dont la Bright Tunes détient les droits. S'ensuivent deux décennies de bataille juridique qui s'achèvent avec pour George Harrison une condamnation à payer 587 000 dollars d'amende pour « plagiat subconscient »...
Bangladesh
A l'été 1971, après avoir prêté main forte à Lennon sur Imagine, Ravi Shankar lui fait part de son désir d'organiser un concert en faveur du Bangladesh, théâtre de massacres sanglants depuis la déclaration unilatérale de son indépendance d'avec le Pakistan.