Véritables stars des seventies, les Martin Circus passent indifféremment du rock à la pop, en passant par le disco et la soul, le tout revisité avec humour et potacherie. Capables du meilleur (« Marylène ») comme du pire (« Notre meilleur copain, c’est Tintin »), ils traversent la décennie avec leurs coupes de cheveux improbables, leur bonne humeur et leurs costumes à paillettes.
Nouveau départ
S’ils sont les kings des seventies, les années 1980 les ramènent à la triste réalité : les flon-flons et les chansons rigolotes, mais très datées, les ont ringardisés à vitesse grand V. En dépit d’albums co-écrits par Serge Gainsbourg ou Daniel Balavoine, la mayonnaise ne prend plus : les Martin Circus restent, aux yeux du public, les joyeux loufoques des années 70. Les tentatives de surfer sur le créneau des chansonnettes populaires à destination des animations de mariage (« Agadou », « Viens boire un p’tit coup à la maison »...) déplaisent à Gérard Blanc qui ne se reconnaît pas artistiquement là-dedans. En 1985, il annonce son départ et entame l’écriture d’un album personnel, Ailleurs Pour Un Ailleurs.
En 1987, le public découvre un Gérard Blanc nouveau, looké Frank Zappa et doté d’un répertoire plus sérieux. « Une autre histoire » (n°2 du Top 50 en juin), « Tonton bâton » et « Du soleil dans la nuit » sont accueillis favorablement et rapportent au chanteur une Victoire de la Musique et un Grand Prix de la SACEM.
Une décennie en noir et blanc
Après quelques années de pause, Gérard Blanc revient avec un nouvel album, Noir & Blanc qui rencontre, là encore, le succès. Après une tournée en France et au Canada, Gérard Blanc décide de se consacrer avant tout à sa famille et, lorsqu’il revient en studio, en 1995, c’est désormais sans moustache : A cette seconde-là ! est cependant un semi-échec. Il en est de même de la compilation Tout Blanc sortie quelques années plus tard. Si Gérard Blanc conserve son propre public, il ne parvient pas à élargir son audience.
Sollicité dans le cadre de la composition de bandes originales de films, il signe notamment celle de Recto-Verso, le premier long-métrage de Smaïn et apparaît en tant qu’acteur dans Nettoyage à sec, d’Anne Fontaine, en 1997. Il est également l’auteur de plusieurs génériques de téléfilms et émissions de télévision. Si cette activité ne correspond pas forcément à ses ambitions, elle n’en est pas moins fort lucrative et lui permet de vivre confortablement, même si la scène lui manque.
Antisocial, tu t’éclates au Sénégal !
Retrouvant régulièrement ses anciens amis de Martin Circus (la fâcherie n’a pas duré), Blanc envisage un temps une reformation du groupe sous la forme d’un coup ponctuel. C’est chose faite à l’occasion de l’album A Tribute to Trust qui voit les anciens interprètes de « J’m’éclate au Sénégal » reprendre à leur manière le tube « Antisocial » de la bande à Bernie Bonvoisin. La reprise est, certes, spéciale mais elle fonctionne. En 2003, un nouvel album, Mes Plus Belles Histoires, composé en partie de reprises mais aussi de titres originaux prouve que le chanteur, que le public avait un peu oublié, est toujours là, même s’il entrecoupe ses sorties de disques et ses tournées de longues plages de silence.
En 2005 sort un premier DVD best of, Blanc Public qui s’accompagne d’un documentaire, Dans Le Blanc Des Yeux, retraçant toute sa carrière depuis les Windings. Deux ans plus tard, Gérard Blanc est de retour sur scène pour une tournée de deux ans. Une tournée, hélas interrompue par un malaise cardiaque qui l’oblige à prendre un repos forcé.
Contacté par les organisateurs de la tournée revival Age Tendre et Tête de Bois, Gérard Blanc donne son accord, sortant dans la foulée une compilation des plus grands succès du Martin Circus, mais, alors que rien ne l’annonçait, une brutale hémorragie interne l’emporte le 24 janvier 2009, à son domicile. Gérard Blanc est définitivement parti, emporté à jamais vers une autre histoire.
Benjamin D'Alguerre