Né François
Silly à Toulon, le 24 octobre 1927, le futur Gilbert Bécaud, abandonné par son père, est élevé par le compagnon de sa mère, un certain Louis Bécaud, dont il prendra le nom pour la scène.
Vite passionné par la musique, il entre à l’âge de neuf ans au conservatoire de Nice. Soutenu par sa mère dans ses ambitions artistiques, il persiste malgré des études perturbées par la guerre et commence à l’âge de vingt ans à travailler en tant que pianiste dans des bars et des cabarets, tout en s’ingéniant à devenir compositeur de musiques de films, d’abord sous le nom de François Bécaud.
La rencontre avec les paroliers
Maurice Vidalin, puis Pierre Delanoë, sera déterminante pour son passage à la chanson : devenus ses amis, les deux auteurs composeront de nombreux tubes pour celui qui deviendra une manière d’idole des jeunes. Il rencontrera plus tard son troisième parolier fétiche,
Louis Amade. En 1950, Bécaud devient le pianiste accompagnateur de
Jacques Pills, avec qui il réalisé plusieurs tournées. Le mariage de
Pills avec Piaf permet à Bécaud de devenir le régisseur de la chanteuse.
A partir de 1952, le jeune chanteur adopte définitivement son nom de scène de Gilbert Bécaud. Il prend également quelques habitudes de scène, comme sa célèbre cravate à pois : s’étant vu dans l’obligation de se présenter avec une cravate pour décrocher un poste de pianiste de bar, Gilbert avait découpé à la hâte un bout de la robe à pois de sa mère pour s’en faire une cravate. Ayant obtenu la place, il considèrera sa cravate à pois comme un porte-bonheur et ne s’en séparera plus. Il prend également l’habitude de jouer avec un piano légèrement incliné, qui lui permet de voir la salle.
Au début des années 1950, désormais muni d’une forte expérience de la scène acquise lors des tournées avec
Pills, Bécaud gravit à toute allure les marches du succès. Il enregistre en 1953 ses deux premiers disques,
« Mes Mains » et
« Les Croix ». En février 1954, il est choisi par
Bruno Coquatrix, le nouveau propriétaire de l’Olympia, pour tenir en tant que vedette américaine l’affiche de la fameuse salle, qui va rouvrir après des années d’abandon.
L’année suivante, il est vedette de l’Olympia à part entière. Le 17 février 1955, lors d’une séance en matinée, il déchaîne l’enthousiasme délirant de jeunes spectateurs qui, emportés par l’énergie de Bécaud, détériorent la salle en cassant les fauteuils. La presse, alertée par cet événement inhabituel pour l’époque, relate largement les exploits scéniques de Bécaud, qui y gagne son surnom de « Monsieur 100.000 volts », mais aussi de « Monsieur Dynamite » et autres sobriquets. Bécaud interprète séduit en outre par une voix chaude et profonde, capable de chanter sur plusieurs registres, drôle ou émouvant, et de se glisser dans la peau de personnages très divers selon l’inspiration du moment. Gilbert Bécaud est, à la manière d’Yves Montand, un showman parfait, à la technique sans faille, moins canaille mais, à sa manière, plus complet car multiforme.
Multipliant les tournées et les galas, en France comme à l’étranger, Gilbert Bécaud enregistre et compose beaucoup, avec la collaboration de Delanoë et Vidalin. Il tente par ailleurs timidement de percer au cinéma dans le film
Le Pays d’où je viens de Marcel Carné (et dont il compose la musique), mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Cependant, le 7ème Art restera toujours en second plan dans la carrière du chanteur.
Dès 1955, Bécaud consacre une grande partie de son temps aux tournées qui l'emmènent de l'Europe à l'Amérique du Nord en passant par le Maghreb. Chaque année, il donnera parfois jusqu'à deux cent cinquante concerts sur toutes les scènes du monde. De plus, il ne cesse de composer et avec la complicité de ses trois auteurs favoris, il crée et enregistre sans relâche. On peut juste citer en 1956,
« La corrida », en 57
« Les marchés de Provence » ou en 58
« C'est merveilleux l'amour ». Bécaud négocie magistralement le virage des années 1960, grâce notamment à son gigantesque tube
« Et maintenant » (1961, texte de Pierre Delanoë). Il multiplie les expériences de compositeur et signe même, avec un certain succès, un opéra lyrique,
L’Opéra d’Aran.
Ses multiples tournées autour du monde lui inspirent un nouveau tube,
« Un Dimanche à Orly ». Mais une nouvelle vague de chanteurs fait son apparition : yé-yés et rockeurs comme
Johnny Hallyday et
Eddy Mitchell taillent désormais des croupières à la génération précédente.