Entre une reformation de
Blur et sa participation active à l’album solo de
Peter Doherty (
Grace/Wastelands), le presque quadragénaire chanteur et guitariste
Graham Coxon parvient néanmoins à veiller au développement de sa carrière en propre. Produit par
Stephen Street (qu’on découvrit dans les années quatre-vingt auprès des Smiths, mais qui fut également artisan du son des albums initiaux de Blur),
The Spinning Top constitue en effet la septième production en leader du natif d’Hanovre.
Outre quelques musiciens indiens, les sessions ont de plus accueillies quelques musiciens britanniques remarquables, à l’instar du batteur Graham Fox, de
Danny Thompson (émérite contrebassiste), ou du toujours fantasque
Robyn Hitchcock (des Soft Boys à sa carrière en solo, sans nul doute l’un des musiciens anglais les plus excentriquement talentueux). Conceptuel (les chansons peuvent toutefois être consommées de façon autonome), le disque évoque la course d’un homme, de sa naissance à sa mort, histoire à plusieurs personnages (et voix), mais dotée d’une forte dominante acoustique, prenant manifestement racine dans la tradition folk grand-bretonne (de
Lindisfarne à
Fairport Convention, en passant par John Martyn).
Toujours aussi impérial à la guitare (rappelons qu’il est considéré comme un phénomène de l’instrument dans son pays), Coxon n’a vraisemblablement jamais chanté aussi bien. Se réappropriant les fondamentaux du folk, il déroule des compositions d’un charme et d’une inventivité indicible, qui le positionne en direct héritier de
Nick Drake. La joie simple et hédoniste de
« Perfect Love », la solitude assumée de
« Self Denial », ou la grâce de
« If You Want Me » et ses clochettes rupestres, servent d’écrin à
« In The Morning » : cette longue pièce, de plus de huit minutes, célèbre à grand renfort de guitare acoustique le bonheur simple d’une campagne illuminée par le petit matin.
The Spinning Top revendique haut la main le statut de meilleur album du chanteur, et, partant, celui de l’un des sommets de l’année.
« Sorrow’s Army » est le premier single extrait de l’album, et Coxon n’a, comme à l’accoutumée, laissé à personne d’autre le soin d’illustrer le recto du livret de son disque.
Christian Larrède