En 1965, la formation originale du groupe qui s’appelle encore The Warlocks, mais le nom doit être abandonné, car il s’avère déjà utilisé inclut donc Jerry Garcia (musicien perpétuellement inventif, et Californien nourri des musiques traditionnelles de son pays, comme en témoigne un amour immodéré pour le banjo) et Bob Weir (alors simplement âgé de dix-sept ans) à la guitare et au chant, le bassiste Phil Lesh (ancien élève du compositeur contemporain Luciano Berio), le batteur Bill Kreutzmann, et Ron « Pigpen » McKernan aux claviers.
Le 1er décembre de la même année, et bien qu’on ait prétendu que ce soit après une lecture approfondie de Sortir au jour, livre des morts des anciens Égyptiens (en fait, textes figurant sur les rouleaux funéraires de papyrus déposés aux côtés des momies), Jerry Garcia opte pour le nom de Grateful Dead (le mort reconnaissant), après avoir…feuilleté un dictionnaire. Il est vrai que le musicien, encore enfant, a été témoin de la noyade de son père au cours d’une partie de pêche, s’est vu amputé du majeur de la main droite lors d’un jeu trop violent avec son frère, et a perdu, adolescent, son plus cher ami dans un accident.
Bien que Garcia ait fait de prime abord figure de leader, le groupe est, du moins à son origine, considéré comme une entité démocratique.
Hippie ? Hourrah !
L’époque est à l’expérimentation de l’acide lysergique (LSD), et le groupe fréquente assidûment le romancier Ken Kesey (Vol au-dessus d’un nid de coucou), apôtre de ces expérimentations. C’est suivant le même air du temps que le Grateful Dead vit dans un logement communautaire de San Francisco, rate magistralement l’enregistrement de ses premières maquettes, donne des concerts de soutien (à une multitude de causes) au Fillmore (West), produit un premier album, The Grateful Dead (17 mars 1967) dont la renommée initiale ne dépasse pas la Baie, participe au Summer Of Love (invasion du quartier de Haight-Hashbury, puis de la planète, par la contre culture hippie), et est arrêté par la police en possession de stupéfiants.
Au mois de juillet 1968, et avec l’arrivée du second batteur Mickey Hart (Kreutzmann et lui seront surnommés, dans leurs capacités à tenir des soli de plus de trente minutes, les Rhythm Devils), l’album Anthem of the Sun, mixant des performances en public et des sessions de studio, sanctionne la tendance du groupe à une musique plus expérimentale. C’est le 23 novembre que le pianiste Tom « TC » Constanten rallie le groupe.
La légende en marche
Le 20 juin 1969 paraît Aoxomoxoa : ce troisième album est la conséquence de huit mois de studio (sic), et de l’expérimentation de magnétophones seize pistes. Il initie également une fructueuse collaboration avec le parolier Robert C. Hunter, qui devient, suivant les propres termes de Garcia, le membre du groupe qui ne monte pas sur scène. Commercialement, le disque coûte plus de cent mille dollars au label, qui ne récupère pas sa mise.
Deux mois plus tard, Grateful Dead est à l’affiche du festival de Woodstock, rétrospectivement symbole de l’extinction du rêve hippie. Et c’est le 10 novembre qu’est édité le premier d’une longue série de disques en public : Live/Dead est un double album compilant divers concerts californiens de l’année, et qui inclut une mythique version de plus de vingt minutes de l’une des pièces les plus emblématiques du répertoire, « Dark Star », illuminée par la prestation de Jerry Garcia.
Tout au long de sa carrière, le groupe encouragera par ailleurs ses fans (les « Deadheads ») à enregistrer les concerts, pour peu que ces documents ne fassent pas l’objet d’exploitation commerciale. Et les Californiens eux-mêmes éditeront une incalculable série d’enregistrements de concerts, du simple album au coffret.
Racines
En 1970, le groupe, endetté, met trois semaines à enregistrer Workingman’s Dead, qui paraît le 14 juin : l’album, qui célèbre le retour à la tradition de la country, est certifié Disque de platine. Constanten quitte alors Grateful Dead. Après une participation au Festival Express (manifestation itinérante et ferroviaire, initiée au Canada par Robert Charlebois), les hommes de Jerry Garcia s’envolent pour la France, où ils se produisent, au château d’Hérouville, devant…deux cents personnes. Au mois de novembre sort American Beauty : dans la lignée acoustique de son prédécesseur, l’album est certifié multi-platine (plus de deux millions de copies écoulées).