Cet album est un concentré de hip hop pour le cerveau…Deux années après le gentiment anecdotique
Laugh Now, Cry Later (disque d’or, tout de même), et quelques égarements au royaume du cinéma de pur divertissement familial (
xXx² : The Next Level), le rapper américain répond de triomphale manière, en remontant la pente par la face politique, et avec cette huitième production en studio en près de vingt années de carrière, à deux interrogations majeures : peut-on maintenir plus de soixante-dix minutes durant un flow âpre, alimenté de samples implacables comme un trottoir d’asphalte (quelque chose comme un tir de barrage sonique), et qui reste l’authentique méchant garçon de la scène hip-hop internationale.
Ici en compagnie de Nas, ou
Scarface, l’ex NWA nous laisse accroire, en vaillant parrain du genre (qu’on imagine dispenser, le dimanche à la sortie de l’église, caresses aux enfants, et billets verts aux adultes), que le temps n’a pas de prise sur lui, alimentant même en quelques occasions sa rage d’une inspiration que n’aurait pas renié
Public Enemy («
It Takes a Nation »). L’Original
Gangster part donc en croisade contre les politiciens et l’establishment, mais fustige également la banalisation de la violence, ne caressant qu’un bref instant le projet de prendre les rênes du pouvoir («
Take Me Away »), afin de tenter de changer les choses de l’intérieur. Toujours affamé, il délivre un funk panoramique («
Thanks God »), excessif (expliquant à satiété les difficultés rencontrées à nourrir sa tribu), et jouissif (« cessez de vous demander où se trouve le meilleur rappeur : il est ici !»).
Aisément l’une des meilleures productions du bonhomme depuis des lustres, et la rue comme si vous y étiez, par l’une des figures prééminentes de la West Coast. Précédé d’un single Internet («
Gangsta Rap Made Me Do It », et son vidéo-clip à la périphérie de l’outrage),
Raw Footage parviendra au sommet des classements américains de sa catégorie (5
ème position des charts généralistes).
Christian Larrède