Ilene Barnes est l’exemple même de l’artiste digne, au parcours volontariste (petite fille de diplomate née à Detroit, jeune fille grandie à La Barbade et en Jamaïque, chanteuse que l’Europe a prise dans ses bras) qui peut donner des couleurs à notre quotidien. On l’a assez dit pour que cela soit vrai : son art est à rapprocher de celui, féminin et combattant, d’une
Tracy Chapman, même si on l’a un peu vite cantonnée dans le rôle de la grande fille noire à voix de rogomme.
La nouveauté reste que
Here’s to You, quatrième album du travail (les treize chansons sont le fruit de sa plume) et de la spontanéité chaleureuse (elles ont été enregistrées en compagnie de son groupe de scène), donne vraiment envie de part en part qu’on loue la jeune femme. Car ces vignettes sonores, en parcours d’une femme du siècle, déclinent, et c’est nouveau chez elle, tout un nuancier de sentiments et d’atmosphères.
De la délicatesse enfantine attendrie (
« Lilie’s Song ») à la notion de combat incessant (
« Shout »), en passant par le simple plaisir d’un blues revendicatif (
« Make Me Shine »), ou le déhanchement sensuel d’un reggae, l’Américaine a authentiquement étendu sa palette sonore. Et nous offre de troublants voyages, dans une Argentine sensuelle (
« Tango »), au royaume de sa petite enfance (
« Lady », en hommage pudique à sa mère), ou en souvenir (performance a capella dans
« Bossu Ia-Ai ») d’un accueil triomphal en Nouvelle-Calédonie. Comme de petites merveilles suspendues à l’arbre du quotidien,
« Here’s to You » et son déhanchement tropical,
« C’est La Vie » au martèlement entêté, et
« Proposal », nourri de toutes les boues du Mississippi, nous accueillent comme autant d’amis.
C’est d’une main ferme que Barnes nous conduit durant ce périple : sa voix bénéficie d’une tessiture hors normes, d’une ampleur sans rivale sur la scène actuelle. Et c’est tout l’héritage de l’Afrique, et du gospel américain, qui est distillé par ses cordes vocales. Par son chant, la jeune artiste nous communique sa ferveur, son engagement, ses doutes et combats, et nous montre la voie. Une voix royale.
Christian Larrède