Isaac Hayes voit le jour le 20 août 1942 à Covington (à une quarantaine de kilomètres au sud de Memphis, Tennessee), dans une famille de métayers. Très précocement orphelin (son père l’a abandonné dès le décès de sa mère, alors qu’il n’est âgé que de dix-huit mois), sa sœur Willette et lui sont élevés par ses grands-parents, Willie et Rushia Addie-Mae Wade, et le petit garçon s’initie, en véritable autodidacte, à divers pupitres (saxophone, piano et orgue). La famille vit modestement (un sac de farine pouvait durer plusieurs mois), et presque en autarcie, mangeant ce que le grand-père rapporte de ses parties de chasse.
Après un déménagement à Memphis à l’âge de sept ans (l’aïeul est engagé dans une conserverie de tomate, mais décède peu après, victime du rythme de la ville), où il découvre pour la première fois à quoi ressemble un supermarché, il s’intègre à diverses formations (Morning Stars – où il s’initie au gospel - Sir Calvin & his Swinging Cats, Sir Isaac & the Doo-Dads – tout sur le doo wop sans avoir jamais osé le demander - , The Teen Tones). Il enregistre alors quelques disques confidentiels pour de modestes labels locaux. Mais la pauvreté le poursuit : pour rapporter quelque argent au foyer, il assure des petits boulots de plongeur, puis d’aide cuisinier, ou de chauffeur de bus scolaire. Il interrompt sa scolarité car ses vêtements déchirés le complexent : ses professeurs, convaincus de son potentiel, se mobilisent, et se cotisent pour renouveler sa garde-robe. Hayes obtient finalement ses diplômes de fin d’étude, et conserve sa vie durant la plus parfaite reconnaissance pour les enseignants en particulier, et l’éducation en général.
Il se marie en 1961 avec sa fiancée, tout simplement car elle est enceinte. Il partage alors ses activités entre une usine agroalimentaire de la ville, et les clubs où il déploie en soirée ses talents de saxophoniste et de pianiste.
Isaac Stax
C’est en 1964 qu’Isaac Hayes intègre l’équipe de Stax Records (créée par les frère et sœur Jim Stewart et Estelle Axton en 1957, et alors la plus importante firme discographique de soul music, simplement concurrencée par la Motown de Berry Gordy, de deux années sa cadette). Il entame immédiatement une collaboration suivie avec le saxophoniste baryton des Mar-Keys Floyd Newmann, et est appelé sporadiquement à remplacer le claviériste Booker T. Jones au sein de Booker T. & the MG’s. C’est en ces occasions qu’il accompagne à plusieurs reprises Otis Redding (ce sont en fait les premières séances où Isaac Hayes est rémunéré comme musicien professionnel).
Hayes constitue alors avec le parolier David Porter (un ami d’enfance avec lequel il renoue pour l’occasion) le duo qui portera très haut les couleurs de Stax. Les deux composent en effet le « B-A-B-Y » de Carla Thomas, créent des arrangements novateurs pour le compte de Johnnie Taylor ou Rufus Thomas, et, surtout, écrivent les plus célèbres tubes du duo Sam and Dave (« When Something is Wrong With My Baby », « Hold On I’m Comin’ », ou « Soul Man »)…pour un total de deux cents chansons portant leur griffe mutuelle.
En 1967, Hayes prête une plus grande attention à sa propre carrière en éditant Presenting Isaac Hayes, toutefois sans grand succès. L’album, enregistré la nuit (lorsque le studio est inoccupé) est un disque de jazz rassemblant deux MG’s, le batteur Al Jackson et le bassiste Donald Duck Dunn. Amer, Hayes se promet de n’enregistrer de nouveau que si on lui en donne les moyens.
Le 4 avril 1968, Isaac Hayes a rendez-vous avec Martin Luther King. Le leader des droits civiques est assassiné ce jour-là, et le musicien en concevra une très profonde détresse, révolté par le sort réservé à son peuple dans l’histoire de l’Amérique.
Isaac en solo
A l’été 1969, l’album Hot Buttered Soul est un triomphe : constitué de quatre morceaux hypnotiques étirés à l’extrême, enregistré en compagnie de membres des Bar-Kays, premier album de soul music élaboré comme tel, et non en tant que simple collection de singles, premier des charts des semaines durant, le disque se vend à plus d’un million d’exemplaires. A partir de cet instant, et jusqu’en 1980, il ne se passe pas une semaine sans un album d’Isaac Hayes classé dans les meilleurs ventes américaines.
Deux albums sont édités en 1970 : The Isaac Hayes Movement (numéro 1, entraîné par le single « I Stand Accused »), et To Be Continued (encore numéro un, incluant la version originale d’ « Ike’s Rap »).