John W. Cale est né le 5 décembre 1938 à Oklahoma City, mais a grandi à Tulsa (Oklahoma). Petit garçon, il écoute Chuck Berry, Clarence Gatemouth Brown ou Chet Atkins, qu’il déplore ne pas pouvoir parfaitement imiter. Après s’être essayé à l’US Air Force, puis au rock local (Johnny and the Valentines) et avoir intégré de nouvelles initiales à son prénom (la légende prétend qu’un patron de club voulait le différencier du Gallois du Velvet Underground, John Cale, mais on n’est pas obligé de croire les légendes), il rencontre le pianiste, chanteur, compositeur et chef d’orchestre Leon Russell (qui connaîtra son heure de gloire dans le Mad Dogs and Englishmen, groupe de la tournée américaine de Joe Cocker, et comme mentor du duo matrimonial Delaney & Bonnie).
Ce dernier lui conseille de transporter pénates et talents à Los Angeles : J.J. Cale y fait, en compagnie du bassiste Carl Radle (futur Derek & the Dominos), jusqu’en 1969, l’apprentissage de la vie de studio (il devient ingénieur du son pour le chanteur de variétés Pat Boone, initié par le sorcier des consoles Snuff Garrett) et de musicien de séance. Il intègre alors brièvement les Leathercoated Minds, groupe exclusivement de studio, spécialisé en 1967 dans les reprises à dominante psychédélique (Donovan, Bob Dylan, The Byrds ou The Yardbirds). Leur seul album (A Trip Down the Sunset Trip – on avait une belle photo, il fallait un disque qui aille avec) inclut néanmoins quelques premières chansons de J.J. Cale, vraisemblablement secondé, bien que de manière anonyme, par les claviers de Leon Russell. En guise de récréation, notre cow-boy enregistre quelques singles, dont un certain « After Midnight » (1965).
Tout doucement
De retour à Tulsa, il apprend qu’en 1970, Eric Clapton a jeté une oreille sur sa chanson fétiche et l’a enregistrée (tube classé au Top 10 américain) : cela l’encourage à s’installer à Nashville. Il est engagé comme guitariste de session dans la grand-messe country du Grand Ole Opry et y fait la rencontre du producteur Audie Ashworth, qui devient – et restera – son alter ego durant la plus grande partie de sa carrière.
Son premier album (Naturally, le bien nommé) comprend une nouvelle version d'« After Midnight » et est édité par Shelter (« Refuge »), label de Leon Russell. Dès ce coup d’essai, J.J. Cale utilise sur certaines chansons (« Crazy Mama ») la rythmique d’une batterie électronique. Le Tulsa sound (chant marmonné et guitares obstinées, ambiance laid back à tous les étages du jazz et de la country) est né… et l'artiste peut enfin échanger sa modeste Harmony contre une Les Paul Stratocaster (mais il lui arrive dans les années 2000 de jouer sur Martin, Ovation ou même Gibson).
Naturally sanctionne en fait une façon d’agir qu’adoptera le chanteur des années durant : son manager vient voir J.J. Cale et lui indique : il faut enregistrer un nouvel album. Le chanteur répond : qu’est-ce qui n’allait pas avec le précédent ? Et se met au travail.
En 1973, ce sont pourtant pas moins de deux albums (Really et Okie) qui sont proposés à six mois d’intervalle.
Tout, tout doucement
C’est avec les royalties du seul tube de sa carrière (« Crazy Mama », encore) que J.J. Cale et Audie Ashworth créent un studio où seront gravés la plupart de leurs disques communs, équipé de la console sur laquelle George Harrison enregistre son chef d’œuvre, All Things Must Pass (1971).
En 1976, Troubadour est le premier album de J.J. Cale à se classer dans les charts britanniques, bien sûr entraîné par « Cocaine », et la version qu’en a donnée Eric Clapton.
On rit beaucoup en 1979, puisque le cinquième album de J.J. Cale s’intitule… 5. En tout état de cause, et pas plus que pour ses prédécesseurs, le chanteur n’accepte la moindre promotion de l’enregistrement.