par Loïc Picaud
Le suivant, C'est Pas du Bronze (1982) porte la marque d'Anne Segalen, ex-compagne de Lanzmann, et de l'interprète qui écrit « Tous les goûts sont dans ma nature » et le plus lourd « Savez-vous planquer vos sous ». Le contrat se termine par le 45-tours « Merde in France », au texte en « yaourt » et pochette-miroir, qui remporte un grand succès en 1984.
Trois ans plus tard, Dutronc arrive chez Columbia pour l'album C.Q.F.D. très représentatif de son style de vie en Corse : une pochade militaire (« Les Gars de la narine »), un hymne à sa région d'adoption (« Corsica » avec I Muvrini) et un peu de rock avec « Qui se soucie de nous » apporté par Etienne Daho et servi par Earl Slick et Jean-Jacques Burnel (Stranglers). Il ne surprend plus, mais l'honneur est sauf. Son occupation d'acteur lui apporte davantage de satifsfaction et de félicitations de la part des critiques qui applaudissent à son jeu dans Mes nuits sont plus belles que vos jours de Zulawski (1988) et surtout Van Gogh de Maurice Pialat (1991), qui lui vaut un César du meilleur acteur. Loin d'être impressionné par un tel honneur et de penser qu'il a tout donné, Dutronc se fixe un nouveau défi : reconquérir le c?ur du public en remontant sur scène. Le 3 novembre 1992, vingt ans après son derner récital, il dément toutes les rumeurs au Casino de Paris puis dans une tournée en province avant un retour à Paris en mai-juin 1993. Au programme, un florilège de ses succès rock comme sa tenue jean-perfecto-lunettes noires entrecoupé d'une interview en direct où il met en boîte le journaliste. L'album Dutronc au Casino (fin 1992) obtient un plébiscite général.
Le challenge suivant est de proposer un album d'auteur, écrit par la romancière Linda Lê (« L'Âme s?ur », « Entrez m'sieur dans l'humanité »), Jean Fauque (parolier de Bashung), David McNeil (« La Pianiste dans une boîte à Gand »), et...son fils Thomas (« A part ça »). Brèves Rencontres (octobre 1995) est salué comme une ?uvre de maturité et de sagesse, dépouillée des facilités habituelles. Mais il ne trouve pas un grand écho public. Puis Dutronc repart devant les caméras de Nicole Garcia (Place Vendôme), Claude Chabrol (Merci pour le chocolat) et Michel Blanc (Embrassez qui vous voudrez), ne délaissant que très rarement son domaine corse et sa bande d'amis fidèles, n'étant d'aucune mondanité, soignant son spleen et son arthrose.
Au printemps 2003, il revient avec un album chagrin, Madame l'Existence, matière à une réunion avec Jacques Lanzmann (qu disparaît trois ans plus tard), et une collaboration avec Alain Lubrano, musicien et producteur privilégié de Françoise Hardy, avec qui il accepte de partager « Puisque vous partez en voyage ». Quarante ans après leur rencontre, le couple (officiel depuis 1981) ne cesse d'étonner et d'émerveiller dans des voies très différentes. Jacques Dutronc, qui semble avoir « tout vu, tout lu, tout bu », sait combien il lui est difficile voire impossible de dépasser un statut d'icône qu'il n'a jamais demandé. Il se contente donc de transformer le moins en mieux.
L'année 2010 est l'occasion d'un surprenant retour sous les feux des projecteurs. Poussé pas son fils Thomas, Dutronc père récolte les lauriers au long d'une tournée qui le voit arpenter l'Hexagone et au-delà. Ces moments rares sont documentés dans Et Vous, Et Vous, Et Vous, paru en novembre.
Loïc Picaud
Les dates ... 2010 (22 Novembre) Sortie de Et Vous, Et Vous, Et Vous 2003 (Mai) Sortie de Madame l'Existence |