Dans la vie, on est toujours à la poursuite de quelque chose….
Jamie Cullum aura donc mis à profit les quatre années séparant de son précédent album (
Catching Tales-2005), pour tourner de manière intensive, devenir propriétaire de studio (Terrified Studios les biens nommés, et londoniens), se fiancer, et, accessoirement, composer en compagnie du metteur en scène
Clint Eastwood la chanson-titre du film
Gran Torino (glanant au passage une prestigieuse nomination aux Golden Globes).
Peut-être aura t’il également mis à profit ces quelques mois sabbatiques pour réfléchir à la course du monde, et au fait que ce dernier n’a absolument pas besoin d’un deuxième
Harry Connick Jr., ou d’une troisième
Norah Jones. En tout état de cause, confiant la production de son cinquième album (si l’on omet un disque face au public du Ronnie Scott’s, simplement disponible en téléchargement) à
Greg Wells (aussi confortable aux côtés de
Katy Perry que de Céline Dion, ou Mika), le jeune claviériste et chanteur britannique – mais il tient ici un grand nombre de pupitres, jusqu’à la batterie -, à peine trentenaire, démontre de nette façon son souhait d’évolution. Mieux encore, il fait appel, pour certaines chansons, certes au
Count Basie Orchestra, mais également au groupe habituel de Beck, voire…à la section de cuivres qui enflammait le
« Thriller » de
Michael Jackson.
The Pursuit pourrait toutefois tromper son monde, débutant par une reprise particulièrement académique d’un standard de
Cole Porter. Mais le programme en son ensemble (huit compositions originales sur douze partitions) permettra en fait de jolies incursions dans le monde enchanté de la pop (
« I’m All Over It » par ailleurs choisi comme premier single), le risque d’une version climatique du tendre
« Please Don’t Stop The Music » de
Rihanna, ou du non moins retenu
« If I Ruled The World » (extrait d’une comédie musicale, à laquelle se sont déjà frottés rien moins que
James Brown ou Stevie Wonder), ainsi que le balisage luxueux (
« Mixtape » bénéficie d’une monumentale section à cordes, orchestrée par le génie historique du genre, Paul Buckmaster) d’un rock pour public adulte. Mais il faudra attendre la conclusion de l’album pour éprouver la plus profonde surprise, et sans nul doute entrapercevoir comment sonnera désormais la musique de Jamie Cullum : après une introduction au clavier très tempéré inspiré de Debussy,
« Music Is Through » évolue vers un rythme de dance, mâtiné de grondements funky.
On saluera le risque objectif pris par l’artiste, qui prend ici le pari de ne pas laisser se détourner son public originel. Mais celui qui confesse une admiration sans bornes pour
Aphex Twin refuse de se laisser enfermer dans la catégorie infamante de pianistes de jazz blanc pour lounges de fin de soirée.
The Pursuit en constitue la digne représentation. L’album bénéficie de plusieurs éditions particulières, dont une incluant un dvd de titres live, livret et photos dédicacées ainsi qu’une…touche de piano.
Christian Larrède