Jimi Hendrix aura marqué le XXème siècle par un talent hors norme, faisant voler en éclat les frontières du rock et du jeu de guitare électrique. Bluesman virtuose et inventeur de sonorités fulgurantes, il laisse une empreinte inaltérable, fascinante, continuant d'influencer bon nombre de musiciens des dizaines d'années après sa mort. Point d'orgue de la génération psychédélique, sa courte carrière de quatre ans est emblématique d’une comète rock explosée en plein vol, à l’age vingt-sept ans.
Né en 1942 d'un père aux origines indiennes, noires, blanches et Irlandaises et d'une mère noire d'à peine dix-huit ans, Johnny Allen Hendrix ne voit pas son père durant ses trois premières années, celui-ci étant retenu à l'armée. Lorsque le père revient au foyer, il s'aperçoit que sa femme ne s'occupe pas de son enfant et embarque le petit Hendrix rebaptisé James Marshall. Le couple renouera et se séparera plusieurs fois jusqu'à la mort de la mère, Lucille Jeter, en 1950, suite à son alcoolisme et sa dépression. Une enfance douloureuse pour Jimmy (surnom qui se transformera au cours de sa carrière en Jimi), battu et pauvre, il est la risée de son école, qu'il fréquente assez peu au demeurant.
Dès l'âge de huit ans, cet enfant introverti veut jouer les morceaux de jazz et de rhythm'n'blues entendu dans le poste de radio familial : il se fabrique une guitare rudimentaire et s'entraîne jusqu’à ce que son père décide de lui en offrir une vraie pour quelques dollars. Amateur de rock' n roll et de jazz, il traîne dans les clubs de sa ville et forme de petits groupes jusqu'en 1961, année ou il décide de rejoindre l'armée pour couper cours aux problèmes qu’il a avec le lycée et son père.
Embarqué dans le 101e régiment aéroporté, il découvre tour à tour le jeu sauvage des bluesmen qu'il rencontre, le parachutisme et Billy Cox avec qui il se lie d'amitié. Ce nouvel ami, bassiste et féru de jazz, forme avec Jimi Hendrix les Kinks Kasual. Ils reprennent ensemble, à l’occasion de petits concerts, des standards de blues et de rock' n roll. Il quitte l'armée en juillet 1962 suite à une blessure et pars rejoindre Billy Cox à Nashville. C'est l'année de ses premières séances en studio et de sa rencontre avec Little Richard.
Il rejoint sa formation sous le pseudonyme de Maurice James en tant que second guitariste. La légende veut que Little Richard l'écarta du groupe pour des raisons d'ego. Le charisme et les solos d'Hendrix prenant trop de place dans son show. Il décide alors de rejoindre New-York courant 1964, écumant les petits clubs et les séances de studio sous-payées. Il tourne avec des groupes de plus ou moins grande importance (Isley Brothers, Curtis Knight…), et en profite pour rencontrer quelques-unes de ses idoles du blues, en profitant pour échanger quelques techniques. Lassé d'être un simple exécutant, il monte en 1966 le Jimmy & The Blue James. Ses premières influences vont des premiers groupes garage qui expérimentent le blues sous hallucinogènes, à Bob Dylan (auquel il rendra hommage plus tard sur la version explosive de « All Along The Watchtower »), le tout distillé sur une nouvelle Fender Stratocaster équipée d’une pédale fuzz, équipement qui allait bientôt entrer dans la légende. Dès lors, il fait vite impression dans un New-York branché, vite ébahi devant son talent et la puissance de son jeu, de Keith Richard à Bob Dylan en passant par Miles Davis. Chas Chandler, bassiste des Animals, décide de le produire et l'emmène dès septembre en Angleterre.
Un groupe y est rapidement monté, un trio en l’occurrence nommé The Jimi Hendrix Experience, inspiré par Cream, comprend Noel Redding (pourtant guitariste) à la basse et John « Mitch » Mitchell à la batterie. Le jeu frénétique de Mitch allié à la fluidité de Noel pousse le groupe à rapidement enregistrer ses deux premiers 45 tours vers la fin de 1966. Ils font la première partie de nombreux artistes et commencent l'enregistrement de leur premier LP Are You Experienced ? sorti en Angleterre en mai 1967, au son novateur, gorgé de trouvailles, au blues psychédélique collant parfaitement à l’époque. Album où figurent des paroles intemporelles, entre illuminations sous acide avec « Purple Haze » ou « Love Or Confusion », d'une poésie rock digne d’un Jim Morrison (« Is that the stars in the sky, or is it, rain fallin’ down / Will it burn me if I touch the sun-uh, yeah, so big, so round »), et blues d'une sexualité ravageuse : « Fire » ou « Foxy Lady ». Le public retiendra particulièrement sa reprise de « Hey Joe », pourtant loin d'être la plus belle prestation de l'album.