par Jean-Noël Ogouz
Baez s’empare de cette fable surréaliste dont on ne connaîtra la version originale que 26 ans plus tard. Quant à celle qu’elle donne de « A Hard Rain’s A-Gonna Fall », il n’en existe pas d’aussi incandescente. La même année elle fonde dans la Carmel Valley en Californie l’Institut pour l’étude de la non-violence. En 1966 elle est de toute évidence la « Sad Eyed Lady of the Lowlands » de Dylan (sur Blonde On Blonde, comme « Visions Of Johanna »...). Après un album de transition consacré à des chants célébrant Noël (on ne ricane pas, il est magnifique, fête religieuse ou pas, et elle y chante en français pour la première fois), Joan en Eté 1967 enfonce le clou avec ses adaptations des Beatles, Tim Hardin, et enfin deux propres compositions dont son opposition (déjà) à l’engagement militaire américain au Vietnam, le saisissant « Saigon Bride ». En octobre 1967 elle est incarcérée avec sa mère, activiste elle aussi, à la prison Santa Rita en Californie, pour avoir apporté leur soutien aux objecteurs de conscience ; elle y rencontre David Harris et l’épouse à New York. Si elle déçoit avec un « concept album » en 68 où Peter Schickele met en musique des textes de Blake, Rimbaud, Prévert, Joyce, Whitman ou Lorca, écrit son autobiographie (Daybreak) et renoue avec le succès commercial en réalisant à Nashville avec des musiciens de country music (sous l’influence de son mari) un bel album-hommage à Dylan, Any Day Now, l’année où ils se séparent. Ces huit ans de succès et de notoriété encouragent les vocations féminines : Judy Collins, puis Joni Mitchell et Emmylou Harris lui doivent beaucoup. Son gage d’amour David’s Album au printemps 1969 (avec la première reprise du fameux « Hickory Wind » de Gram Parsons), l’arrestation et l’emprisonnement de son alter ego pacifiste de mari le 15 juillet 1969 précèdent son apparition (enceinte de Gabriel) en clôture du premier jour du festival de Woodstock qui la consacre définitivement dans le monde entier (elle y relate avec humour les conditions rocambolesques de l’arrestation de David Harris). L’année suivante sa première vraie chanson originale honore l’album que beaucoup considèrent comme son meilleur de l’époque, One Day At A Time : « Sweet Sir Galahad » (le « bon chevalier » -de la Table Ronde-, fils de Lancelot du Lac et découvreur du Graal). Elle y interprète aussi les Rolling Stones ( !), Willie Nelson, et notamment une splendide version du « Seven Bridges Road » de Steve Young, popularisé par les Eagles dix ans plus tard. Elle se produit dans la foulée aux festivals de Biot en France en Eté 70, et de l’île de Wight.
« Here’s To You, Nicolas and Bart… »
En 1971 Joan Baez est au sommet de sa popularité : sa reprise inspirée d’une face B du Band parue deux ans plus tôt, « The Night They Drove Old Dixie Down » est n°3 aux USA. Tandis que le thème du film franco-italien Sacco & Vanzetti composé par Ennio Morricone dont elle écrit aussi le texte, « Here’s To You » (une mélodie rythmée en marche entêtante, « scie » un peu niaise qui fait le tour de la planète) est n°1 en en France en août 1971 et sacré « tube de l’Eté ». Lassée de la distribution internationale désordonnée de Vanguard et en fin de contrat, elle opte en 1972 pour A&M. Mais comme elle l’a confirmé lors d’une interview à Robbie Woliver (parue dans son livre Bringing It All Back Home en 1986), il est indéniable que son influence sur une génération n’a jamais été aussi grande que lors des années 60, les années Vanguard. La première moitié des années 70 voit effectivement décroître son audience (moins en France, un pays qui l’a toujours fidèlement suivie, où « Song Of Bangladesh » en mai 72 est un hit moyen, ignoré dans le reste du monde et dont les gains vont aux malheureux affamés de ce pays ; une nouvelle génération la prenant déjà pour une « has been » et ses disques moyens mais toujours marqués politiquement lui conservant néanmoins des fidèles (en particulier Where Are You Now, My Son ? en 1973 et ses bruitages de bombardement sur Hanoi qu’elle a vécu un an plus tôt lors d’une visite controversée, au plus fort de la guerre au Vietnam).
Diamants et rouille
Après son divorce à l’amiable à la libération de son mari en 1973, elle propose enfin sa « grande œuvre » au Printemps 1975, l’Album incontournable qui figure au panthéon des albums de musique populaire.
Les dates ... 2008 (03 Février) Communiqué de Joan Baez 2007 (11 Février) Récompense de Joan Baez 2006 (06 Juin) Duo de Joan Baez et Bruce Springsteen 2005 (21 Juillet) Sortie de No Direction Home 2001 (10 Octobre) Spectacle de Joan Baez |