Le système dodécaphonique
John Milton Cage naît le 5 Septembre 1912 à Los Angeles. Après une jeunesse partagée entre l’école, l’animation radiophonique et les leçons de piano, il sort diplômé du Pomona College (Californie). Après quoi il sillonne l’Europe, entre 1930 et 1931, afin d’y étudier la peinture, l’architecture et les arts plastiques. De retour aux Etats-Unis, il se consacre à la composition, sur les conseils de son professeur d’harmonie, Henry Cowell. C’est également Cowell qui, en 1934, lui enseigne le contrepoint et les musiques orientales, à la New School for Social Research de New York. Malgré le manque d’intérêt et de sensibilité de John Cage pour l’harmonie, qu’il considére comme « un mur d’ennui », Arnold Schönberg (fondateur de la seconde école de Vienne, alors exilé aux Etats-Unis à cause du nazisme) accepte de lui enseigner son nouveau système musical : le système dodécaphonique (ou « méthode à douze tons »). John Cage débute ensuite sa carrière d’artiste et compose sa première pièce : Construction in Metal, à Seattle (1937). Puis, c'est en créant une musique de film pour le cinéaste Oskar Fischinger qu’il s’oriente davantage vers les percussions et les rythmes. Dès lors, marqué par une nouvelle façon de penser et de réaliser la musique, il fonde son premier orchestre de percussions. La même année, Cage accompagne la classe de danse de la Cornish School de Seattle et fait la connaissance du danseur et chorégraphe Merce Cunningham. De cette rencontre naît une collaboration qui ne cessera qu’à la mort du compositeur. En 1938, c’est au tour de la chorégraphe Sylvia Fort de commander à John Cage une composition pour sa Bacchanale. Désireux d’écrire une oeuvre pour percussions, ce dernier est cependant contraint de modifier son ambition, faute de place sur scène pour la représentation.
Le piano préparé
En perpétuelle recherche de nouvelles sonorités, John Cage a donc l’idée de modifier son piano en insérant entre ses cordes boulons, vis et autres gommes. C’est ainsi qu’il invente le piano préparé. A l’aide de ce nouveau procédé, il compose les magnifiques Sonates et Interludes, où l’on peut aprécier de nouvelles sonorités se rapprochant parfois des percussions balinaises et des musiques orientales, qui l’ont beaucoup inspiré. Pour John Cage, toujours en quête d’innovations, c’est l'avènement de la bande magnétique, dont l’utilisation marque véritablement le point de départ de la musique électronique (1940-1950), qui lui permet l’exploration de nouveaux espaces sonores. En 1939, il compose une série de pièces intitulée Imaginary Landscape. Ces œuvres (dominantes dans le travail de Cage) sont composées pour divers dispositifs sonores : platines vinyle à vitesse variables, percussions, postes radio. En 1951, inspiré par les méthodes enseignées dans le livre chinois des mutations i-ching, il réalise la pièce Music of Changes, lui permettant ainsi d’introduire pour la première fois l’aléatoire dans sa composition. Le but étant de mieux libérer le son, en lui rendant son caractère brut. Influencé par la philosophie Zen, initié par son maitre Daisetz Suzuki, John Cage est le premier à intégrer le concept de non-intention dans sa musique. En 1952, il compose la pièce la plus fameuse de son œuvre : 4’33’’. Découpée en trois temps, elle est destinée à un seul musicien, qui doit se tenir assis derrière son instrument sans en jouer une seule note. Le 29 Août 1952, à Woodstock, David Tudor est le premier à mettre ce principe en application : il ouvre le couvercle de son piano, marquant ainsi le début de la performance ; puis le referme, après un laps de temps défini par son auteur, pour en marquer la fin. Ceci sans en avoir émis une seule note. Ainsi, l’auditeur doit prendre pleinement conscience de l’existence d’un environnement sonore (toux, rires, chuchotements de la salle…), abstraction faite de la musique qu’il vient écouter de coutume. Ici, dans un contexte de prime abord pétri de non-sens et d’absurde, ce qui est porté à la conscience, c’est la non-existence du silence. D’après Cage, le silence n’est pas acoustique ; c’est un changement d’esprit. La musique est continue. C’est nous qui nous en détournons. Dans les années 60, John Cage se consacre à la diffusion de ses connaissances à travers des conférences, des expositions, des concerts et l’écriture de textes théoriques et philosophiques. Il meurt à New York le 12 août 1992, laissant derrière lui une oeuvre d’une incroyable variété. En intégrant le bruit et le silence dans son travail, il est l’un des premiers théoriciens des musiques actuelles. Poussé par une envie insatiable d’expérimenter et d’innover, John Cage s’est élevé au rang des plus grands compositeurs du 20ème siècle.
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