Cet album – le deuxième en solo de
John Fogerty – est un disque américain, dans la plus pure acception du terme. C’est à dire qu’il est inspiré, tourne autour, et trace des parallèles en provenance, du sport le plus emblématique et fédérateur du pays : le base-ball.
Par-delà une spécificité à peu près incompréhensible pour un Européen, il reste des chansons interrompant près de dix années de silence, et renvoyant, grâce à un nœud spatio-temporel lyrique et électrique, à l’époque bénie où
Creedence Clearwater Revival gouvernait l’univers du rock. Fantasy, ancien label du chanteur, pensa par ailleurs que cela rappelait tellement le bon vieux temps qu’il intenta une action en justice, reprochant à
« The Old Man Down the Road » de n’être qu’un plagiat éhonté de
« Run Through the Jungle ».
Après avoir rappelé que le jugement spécifia qu’un auteur ne peut se copier lui-même, goûtons l’hommage à
Elvis Presley (
« Big Train (From Memphis) », le vigoureux règlement de compte avec ses anciens patrons (
« Vanz Kant Danz »), le choix rigoriste de l’américain d’assurer ici toutes les parties de tous les instruments, et les notules attendries, en droite ligne d’un rockabilly millésimé années 50.
Au jeu des influences, il est limpide que Fogerty joue cartes sur table, et ce n’est pas là la moindre saveur de l’album. Qui, accessoirement, deviendra l’hymne de tous les amateurs d’un jeu donc totalement ésotérique. Centerfield parviendra au sommet des charts américains, et les singles
« The Old Man Down the Road »,
« Big Train (From Memphis) »,
« Centerfield » et
« Rock and Roll Girls » connaîtront, chacun dans leurs catégories (des classements généralistes à celui des chansons country), de superbes trajectoires.
Christian Larrède