Le 13 août, le couple accompagné par le groupe Elephants Memory donne deux concerts de charité au Madison Square Garden pour l'enfance handicapée, et réunit $250 000 de recette, plus $60 000 de leur poche, tandis que la chaîne TV ABC allonge $300 000 supplémentaires pour filmer l'événement.
Si les Beatles semblent désormais bien loin, les espoirs éternels de reformation des fans prennent des allures de rumeurs, amplifiées en mars 1973 quand John, Paul et George viennent prêter main forte à leur ancien comparse qui enregistre l’album Ringo. Cependant, et bien qu’il n’y soit pas le bienvenu, John tient fermement à rester aux Etats Unis et les Lennon investissent le 1er avril l’imposante bâtisse du Dakota, près de Central Park. « Sans terre, sans frontière, sans passeport, seulement des gens », c’est la description qu’ils donnent de Nutopia, pays virtuel qu’ils créent, une métaphore onirique de leur crû semblant signifier qu’ils ont enfin trouvé l’endroit où il fait bon vivre. Ironie mâtinée de tragédie quand on songe que ce sera la dernière demeure de John. En septembre, Yoko lance un pavé dans la mare en demandant à son ex-beatle de mari de quitter le foyer conjugal. Elle organise alors scrupuleusement son départ pour Los Angeles, sans omettre de lui attribuer une « assistante » en la personne de May Pang avec qui John passera les dix-huit prochains mois de ce qu’il appellera son Lost Week-End (littéralement week-end perdu). Très vite rattrapé par les démons de sa jeunesse, il n’est pas rare de le croiser dans les lieux nocturnes les plus en vues de la Cité des Anges en compagnie notamment de Keith Moon, le bouillonnant batteur des Who. Tout comme il n’est pas rare de les voir contraints de quitter ces mêmes lieux, ivres morts et dans des situations parfois cocasses. Citons pour exemple une soirée de mars 1974 où John se fit virer du Troubadour, un tampax sur la tête… Entre deux escapades alcoolisées, il n’abandonne cependant pas la musique et publie Mind Games le 2 novembre 1973. Le 1er avril 1974, Paul rejoint son ex-acolyte et le duo reformé improvise un medley Beatles accompagnés de Stevie Wonder, Keith Moon et Harry Nilsson. Ces retrouvailles impromptues ont beau mettre le feu aux poudres pour tous les beatlemaniaques, John reprend seul la route des studios. Walls and Bridges est commercialisé le 26 septembre 1974 et lui amène son premier 45 tours numéro un en solo le 16 novembre grâce au titre « Whatever Gets you Through the Night ».
En grand visionnaire de l’époque, Elton John qu’il fréquente beaucoup à cette période lui a proposé un pari : si le single atteint la première place des charts US, Lennon s’engage à remonter sur scène. C’est chose faite le 28 novembre au Madison Square Garden où les deux comparses interprètent trois morceaux dont celui à l’origine du marché. La victoire est double pour John. Comblé sur le plan professionnel maintenant que sa carrière solo remporte l’adhésion du public, il ne tarde pas à l’être à nouveau sur un plan plus personnel. Yoko, présente dans la salle, le rejoint en coulisses et il réintègre le Dakota les jours suivants. Les rumeurs du retour des Beatles, allègrement alimentées par Lennon lui-même, n’ont jamais été aussi persistantes depuis leur séparation. L’imminence du verdict dans le procès qui doit les libérer de leur contrat initial et le fait qu’ils fassent front tous les quatre comme au bon vieux temps finit de persuader les derniers sceptiques. Paul invite même John à participer aux séances de son prochain album (Venus ans Mars) mais toujours habile lorsqu’il s’agit de brouiller les pistes, ce dernier décline pour travailler auprès de David Bowie sur l’album Young Americans (on peut l’entendre au chant sur « Fame » qu’ils co-écrivent). Le 17 février 1975, l’album Rock’n’Roll est mis en vente. Au menu ? Des standards des années 50 repris par Lennon avec Phil Spector dans le rôle du producteur illuminé. En guise de pochette, un cliché réalisé à Hambourg par Astrid Kirchherr qui ajoute encore un brin de nostalgie.
Avec ce disque, il retourne aux sources. Pour tourner la page définitivement ? Tout reprendre au début ? Le destin lui permettra de faire les deux. Après trois fausses couches, Yoko est enceinte. Le moment est venu pour John à la fois d’aller de l’avant et d’assumer des responsabilités de père qu’il n’a jamais prises avec Julian. Sean Tara Ono Lennon vient au monde le 9 octobre 1975 pour le 35ème anniversaire de l’heureux papa qui, littéralement transporté de bonheur, décide de mettre sa carrière entre parenthèses afin de se consacrer entièrement à son fils. Et ce n’est pas la visite de Paul et Linda au Noël suivant qui le fera changer d’avis même si la soirée se déroule en toute convivialité. Dorénavant, les querelles du passé semblent malgré tout entérinées et l’on verra souvent le brillant bassiste venir lui rendre visite.