A quoi ressemble l'état agricole de l'Arkansas, en 1932 ? On imagine une terre pas franchement hospitalière, et plutôt déshéritée, mais qui a le choix ? Pas J.R. Cash, descendant d'immigrants écossais, qui y est né ce 26 février, dans le canton rural de Kingsland plus précisément. Ses parents, incapables de s'accorder sur un prénom, optent pour de simples initiales. L'armée des Etats-Unis, ne l'entendant pas de cette oreille, il s'engagera sous le nom de John R. Cash. Mais, pour l'heure, sa famille est pauvre, et, pour ne rien arranger, règne alors la Grande Dépression, qui, après le krach boursier de 1929, jette des millions d'Américains (puis, de terriens) à la rue, et dans la plus profonde misère.
Dans la misèreJohnny, qui a déménagé dans la ville de Dyess à l'âge de trois ans, a six frères et s?urs (Tommy tentera une carrière dans l'ombre de son frère). Jack, de deux ans son aîné, et très proche du chanteur, mourra tragiquement dans un accident de scie circulaire, mettant plus d'une semaine à décéder.
Johnny Cash ressentira toute sa vie une profonde culpabilité à l'évocation du drame. Il confessera régulièrement rêver de son frère, et se réjouir de le retrouver un jour au paradis. En tout état de cause, sa mère Carrie a faim. Alors, elle chante toute la journée, du folk, et son fils l'accompagne, maladroitement, à la guitare. Johnny ne s'éternise pas sur les bancs de l'école, réquisitionné par les proches champs de coton, et bercé, comme tous les petits blancs du sud par gospel et country music. Il écrit ses premières chansons dès l'âge de douze ans, et chante même dans des programmes de la radio locale. Ses diplômes primaires obtenus, il déménage brièvement à Detroit (Motor City, capitale des belles voitures), pour un emploi logique dans une usine d'automobiles.
Dans l'armée maintenantLa succession peu gratifiante de petits boulots l'incite à s'engager dans l'US Air Force, qui, alors que sévit la guerre de Corée, l'envoie en casernement...en Allemagne : il y achète sa première guitare, perd l'usage d'un tympan dans un accident, et crée son premier groupe, les Landsberg Barbarians. C'est en 1951, spectateur de la projection d'un documentaire sur les prisons, qu'il éprouve pour la première fois un intérêt quant au sort des bagnards dans les prisons américaines (il organisera très tôt des concerts dans les centres de détention, et militera toute sa vie pour une réforme du système carcéral). De retour au pays, il s'installe à Memphis (Tennessee), où il épouse une Texane, une certaine Vivian Liberto.
Dans le ventEn 1954, Cash auditionne pour le label Sun, dirigé par le légendaire
Sam Phillips, dans un répertoire de chants religieux. Phillips l'écoute...et le remercie, l'enjoignant à proposer quelque chose de plus commercial. Le chanteur souscrit à la requête, et, cette fois, sa belle voix grave de baryton, un usage excessivement séminal de sa guitare, ses compositions au carrefour du rock and roll, de la country, et du honky tonk, séduisent le producteur. Ce dernier impose le prénom Johnny, que le chanteur a en horreur, le trouvant par trop juvénile. Son premier 45-tours est enregistré avec son groupe de l'époque, The Tennessee Two (puis Three, quand les cachets le permettront), composé du guitariste
Luther Perkins, et du bassiste Marshall Grant. Les succès ne se font pas attendre : c'est avec
« Hey Porter »,
« Cry Cry Cry » (juin 1955),
« Folsom Prison Blues » (janvier 1956), et, bien sûr,
« I Walk the Line » (couplé à
« Get Rhythm », en août) que commence à s'écrire la légende, grâce à des 45-tours tous vendus à plus de 100 000 exemplaires. Cash participe au Grand Ole Opry (grande messe spectaculaire à la gloire de la country), et est en 1957 le premier artiste Sun à enregistrer un album,
Johnny Cash With His Hot and Blue Guitar. On salue sa première apparition à l'écran, où il incarne un serial killer dans le film
Five Minutes To Live, et se produit au sein de l'historique Million Dollar Quartet (complété par
Jerry Lee Lewis,
Elvis Presley, et Carl Perkins).
Dès lors, il prend l'habitude de se présenter en public vêtu de noir de pied en cap, contrastant avec les autres chanteurs de country, plus friands de paillettes et autres ornements à fanfreluches ou chemises à jabots. Toutefois, les tensions commencent à se faire jour entre
Sam Phillips et le chanteur, en particulier à l'occasion d'un projet d'album gospel refusé par le premier. En 1957, Johnny prend une autre dimension en signant sur le label Columbia (pour une musique plus personnelle, mais également davantage au goût du jour), et commence à se produire sur scène en compagnie de
June Carter (membre éminent de la première grande famille de la musique country, cette Carter Family - à l'origine trio virginien - d'une profonde influence sur toute la musique bluegrass, country, folk et même pop, des années 20 aux années 50).
June et Johnny s'aiment (la première est vraiment la muse du second), mais, étant engagés chacun de leur côté (de plus, Johnny est déjà le père précoce de deux enfants en bas âge), leur relation en devient tumultueuse.