Ladies of the Canyon
Après l’austérité acoustique des deux précédents albums, Ladies of the Canyon est une rupture certaine. La voix angélique de soprano de Joni Mitchell est plus souple prenant parfois des intonations différentes sur une même chanson. Ce travail vocal se double d’une maîtrise instrumentale plus grande puisque Joni Mitchell, outre ses dons de guitariste, se révèle une pianiste très convaincante. Sur plus de la moitié des titres, son jeu de piano donne à ses compositions une dimension et une amplitude inconnues jusqu’alors. Ailleurs, ce sont des arrangements « jazzy » discrets qui viennent colorer les titres de l’album : le solo de clarinette sur « For Free », les ponctuations de saxophone qui ferment « Conversation » et le Fender Rhodes de « Woodstock ». Des chœurs apparaissent pour la première fois sur « Rainy Night House », « Big Yellow Taxi », « Woodstock » et « The Circle Game ». Ce troisième album frappe par la grande justesse des arrangements comme si chaque couleur sonore avait été mûrement pensée avant d’être posée sur vinyle.
A cette excellence musicale et vocale, s’ajoute la grande qualité des textes où Joni Mitchell montre qu’elle est une des plus grandes poétesses du rock en activité, tout près d’un Bob Dylan. La plupart traite des relations amoureuses avec une délicatesse poignante, que ce soit sur la déclaration d’amour « Willy » consacré à son amant Graham Nash, «The Arrangement » qui relate une relation à trois ou le piquant « Conversation » où la narratrice s’énerve sur son rôle de confidente énamourée d’un homme marié.
Sur ces thèmes familiers se greffent des peintures sociales pertinentes. Dans « Ladies of the Canyon » , elle croque avec drôlerie le milieu artiste et bohème qui vit dans la plaine de Laurel Canyon près de Los Angeles, où se retrouve tout le « gotha » musical d’alors. Le classique « Woodstock » est un des phares de l’album la consacrant malgré elle comme « reine » du mouvement « flower power ». N’ayant pu se rendre au festival de Woodstock pour cause d’embouteillages, Joni Mitchell écrivit cet hymne à l’utopie hippie de 1969 pour se consoler de l’immense regret de son absence. Le morceau devint un tube sous une reprise très « rock » par les Crosby, Stills, Nash and Young. La version de Joni Mitchell est plus riche en nuances et en variations, juste appuyée par la chaleur d’un Fender Rhodes. L’autre sommet « Big Yellow Taxi », samplé par Janet Jackson trente ans plus tard, est une tentative réussie de chanson écologiste sur la baie d’Hawaï avec ce vers sans détour : « They paved paradise / And put up a parking lot ».
En plus d’une critique toute acquise, le public récompensera cette œuvre majeure : Ladies of the Canyon sera le premier album à dépasser les 500 000 exemplaires faisant de Joni Mitchell la chef de file du nouveau mouvement d’auteurs compositeurs naissants où l’on trouve Graham Nash, David Crosby, Stephen Stills et… un certain James Taylor.
François Bellion
Titres de Ladies of the Canyon
1
Morning Morgantown
00:03:13
4
Ladies of the Canyon
00:03:32
6
The Arrangement
00:03:34
7
Rainy Night House
00:03:24
10
Big Yellow Taxi
00:02:15
12
The Circle Game
00:04:55
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Les éditions de Ladies of the Canyon
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| 1969 |
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Reprise |
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| 1987 |
LP |
Reprise |
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| 1990 |
CD |
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