par Mikaël Faujour
Ils s’adjoignent également le producteur de génie Martin Hannett, qui avait déjà produit en janvier 1977 le premier 45 tours des Buzzcocks, « Spiral Scratch ».
En octobre 1978, le groupe commence à collaborer avec l’excentrique Hannett, qui fabriquera le son du groupe, lui donnant l’épaisseur et la consistance qui lui manquaient encore, et par extension influencera considérablement le son d’une kyrielle de groupes des années 80. Ils enregistrent deux titres (« Digital » et « Glass ») qui paraissent sur une compilation du label Factory, A Factory sample, en décembre, et contribuent à attirer l’attention.
Joy Division devient enfin tête d’affiche. Le public découvre alors leur musique, de plus en plus originale à mesure qu’elle s’éloigne du punk convenu des débuts, ainsi que leur étrange chanteur au magnétisme inquiétant, à l’attitude prostrée et aux mouvements frénétiques.
Les premiers mois de 1979 voient le groupe enchaîner intensément concerts, répétitions et enregistrements. Sollicités par John Peel, le DJ de Radio One, ils enregistrent quatre titres fin janvier ; et en février, une démo de quatre titres pour Martin Rushent (patron du label Genetic Records, filiale de la maison de disques WEA), qui les courtisait. L’idée d’album devient évidente et Rob Gretton déclare en mars 1979 : « Je veux faire cet album maintenant. Le son du groupe est en train de changer. Il est aujourd’hui totalement différent de ce qu’il était lorsque j’ai commencé à les manager. En ce moment, il change encore, évolue ». En avril 1979, Martin Hannett fait venir Joy Division au studio. 15 nouveaux titres datent de cette période, qui se conclut par l’enregistrement du premier album officiel, Unknown Pleasures.
Les quatre membres du groupe, à cette époque, sont toujours « amateurs ». Ils ne quittent leur travail que début septembre 1979, et se lancent alors dans une tournée continue. A partir d’octobre, ils jouent en première partie de la tournée des Buzzcocks, auxquels ils volent la vedette. C’est aussi la première – et dernière – excursion du groupe sur le continent (France, Belgique, RFA, Pays-Bas). Lors de cette tournée, sera enregistré l’album Les Bains Douches 18 December 1979, qui paraît en 2001 (le Live in Preston 28 February 1980, capté plus tard en Angleterre, sortira quant à lui en 1999). Sujet à l’épilepsie, depuis près d’un an, Ian Curtis connaît des crises de plus en plus régulières et violentes, forçant parfois le groupe à interrompre son set. Ian Curtis, pourtant, ne se ménage pas et poursuit la tournée malgré tout, sidérant le public à chaque apparition.
Dans la foulée, le groupe enregistre une seconde « Peel Session » de quatre titres le 26 novembre 1979, à Londres, sous la direction de Tony Wilson. Au terme de la tournée, fin janvier 1980, le groupe se lance dans l’écriture de nouveaux morceaux enregistrés en mars, et continue de donner des concerts jusqu’au 10 mai. Ce soir-là, Curtis s’effondre sur scène, victime d’une violente crise : sa santé n’a cessé de se dégrader durant ces derniers mois, mettant sa vie en danger et compromettant sa carrière artistique, qu’il avait si âprement travaillé à construire et en laquelle il croyait avec ferveur. Physiquement et moralement dévasté, Curtis se suicide une semaine plus tard, dans la nuit du 17 au 18 mai 1980. L'album Closer, qui paraît de façon posthume en juillet 80, fait l'objet d'un grand éloge critique et public, se classant à la 6ème place des charts. Il est précédé par le chant du cygne et futur classique « Love Will Tear Us Apart Again » (n°13).
Joy Division meurt donc avec son leader. Il laisse pour testament deux albums et quelques singles. Une œuvre puissante et tourmentée, infiniment influente. Avec ses morceaux de pop déglinguée, ses mélopées malades et plaintives, secoués de soubresauts de colère et d’angoisse, Joy Division a probablement été l’un des premiers groupes à évoquer aussi intensément un profond malaise existentiel. En ceci peut-être était-il précurseur aussi bien de la période noire de The Cure que de Nirvana, Alice In Chains. Les textes introspectifs et lucides, ainsi que le chant oppressé de Ian Curtis (personnel quoique fort inspiré par Jim Morrison et Iggy Pop) en font l’un des grands paroliers et chanteurs de l’histoire du rock.