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Unknown pleasures

Issu de la scène punk de Manchester, Joy Division a évolué assez rapidement vers un son très personnel, finalement assez éloigné de ses origines. La basse de Peter Hook, devenue proéminente, a relégué en retrait une guitare faisant éclater çà et là des orages d’électricité. La voix de Curtis s’est nettement affinée, acquérant une beauté grave et dramatique. Quant à la batterie, le jeu de Morris, quoique toujours primaire et carré, s’est étoffé – surtout valorisé par le génial sculpteur de sons Martin Hannett. Avec Unknown Pleasures, leur premier album (*), Joy Division accouchait d’une œuvre intense, qui allait marquer le glissement de la révolte punk au désenchantement de la cold wave – genre auquel le groupe donnerait un an plus tard son chef-d’œuvre ultime, Closer. Si la musique du groupe n’a ici plus grand-chose à voir avec le punk, Unknown Pleasures reste agité de secousses de colère, à l’image de sa pochette qui semble représenter une surrection (soulèvement des terres à cause des mouvements souterrains de la tectonique des plaques), comme une métaphore de la colère contenue, et qui parfois surgit dans les chansons. Et l’on comprend avec ce disque le cheminement qui a mené du punk à la cold wave, de la rage et de la révolte à la fatigue et au désabusement – et pour finir, à un désespoir latent qu’évoque cette basse, entêtante et insidieuse, au cœur de toutes les compositions. Superbement construit, Unknown Pleasures, d’une chanson à l’autre fait monter la tension jusqu'à la colère, avant de redescendre peu à peu vers la nervosité, puis l’abattement. « Disorder », qui ouvre le disque, remue les cendres du punk anglais, dont il tire son énergie et sa dynamique. Mais comme évidé de toute révolte, il illustre le reniement de la colère par une certaine jeunesse désabusée. Dès ce premier morceau, la basse occupe la place centrale dans la composition, imprimant sa rythmique élastique et sautillante. Elément central dans les dix chansons d’Unknown Pleasures, la basse de Peter Hook, tour à tour triste, dansante, lourde ou funèbre est le squelette de tous ces morceaux. Ils ne prennent forme qu’à partir d’elle, qui donne une dimension chthonienne aux morceaux. La musique de Joy Division évoque souvent la pesanteur du destin ; elle ne décolle pas, n’est jamais légère ou « planante » mais plutôt lourde et ancrée au sol. Dès le second morceau, le funeste « Day of the Lords » , l’ambiance est définie : peu à peu, l’atmosphère s’assombrit. Dans les compositions, règnent angoisse et tension, secouées par des moments d’une nervosité tour à tour contenue ou débordante. Une atmosphère enrichie par des sonorités synthétiques et bidouillages sonores (samples divers, échos), rappelant aussi bien les bruits du « European Son » du Velvet Underground, que certaines expérimentations pré-électroniques (Pink Floyd) ou l’influence de la musique industrielle balbutiante (Curtis était alors fasciné par Throbbing Gristle). L’ambiance se déploie, amenant les morceaux du milieu de l’album (de « Insight » à « Shadowplay » ), culminant en intensité entre colère et tristesse. L’enchaînement de ces quatre titres est parfait. Le chant, les collages sonores et la musique chargent ces compositions d’une intensité dramatique rares, à la basse funèbre, au tempo tour à tour languide ou bondissant, des accès de nervosité grinçante, d’angoisse étouffante ou de lyrisme plaintif, au chant détaché puis rageur – entre résignation et opiniâtreté à vivre et à se révolter. Au milieu de ces cimes, les deux joyaux de ce disque : « New Dawn Fades » (plus tard magistralement repris par Moby et les ex-Joy Division de New Order) et le tube glacial « She’s Lost Control », tous deux d’une intensité viscérale captivante. Le froid et superbe « Shadowplay » maintient la tension, puis viennent « Wilderness » et « Interzone », deux morceaux plus saccadés, dans lesquels l’atmosphère et l’émotion s’estompent au profit de la dynamique et de l’élan. Unknown Pleasures s’achève enfin avec « I Remember Nothing », morceau lent et sombre, qui rappelle un peu le « We Will Fall » qui concluait le premier album des Stooges. Avec ce morceau inquiétant, lacéré de stridences métalliques et de bruits étranges, l’album s’achève dans le fracas et le son sec de la batterie évoque des coups de fouet. Avec sa musique et ses paroles angoissées (cruauté des rapports humains, nostalgie, fragilité, mal de vivre, etc.), Joy Division livrait un album unique et capital. Le producteur Martin Hannett, quasiment cinquième membre du groupe osa tout sur ce disque et fabriqua un son étouffé et étouffant, mécanique, qui fit de Unknown Pleasures un pur chef-d’œuvre. Mikaël Faujour

(*) Un an avant Unknown Pleasures, Joy Division était encore un groupe punk – original, au demeurant, même s’il n’avait pas atteint le pinacle de sa créativité – qui enregistrait son premier disque. Mais pour diverses raisons, Warsaw ne fut pas commercialisé et ne circula longtemps que sous forme de bootleg, avant d’être édité en 1994.

Titres de Unknown pleasures

1

 

Disorder

00:03:31

 

 

2

 

Day of the lords

00:04:47

 

 

3

 

Candidate

00:03:02

 

 

4

 

Insight

00:04:29

 

 

5

 

New dawn fades

00:04:48

 

 

6

 

She s lost control

00:03:57

 

 

7

 

Shadowplay

00:03:53

 

 

8

 

Wilderness

00:02:38

 

 

9

 

Interzone

00:02:16

 

 

10

 

I remember nothing

00:05:51

 

 


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Les éditions de Unknown pleasures

Année   Support   Editeur   Référence  
1991 CD CentreDate
1978 LP Factory

Les dates ...

1980 (09 Juillet)
Sortie de Closer

1980 (Juin)
Sortie du 45T «Love will tear us apa ...

1980 (18 Mai)
Décès de Ian Curtis

1980 (02 Mai)
Concert (dernier) de Joy Division


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