Une œuvre déroutante, obsessionnelle, complexe, provocatrice et cynique. Un pavé dans l’amer qui semble dire qu’il vaut mieux rire de nos vies moroses et éphémères, plutôt que de s’attrister sur nos sorts. Un disque pas si « concept » que l’on a voulu nous faire croire, tant il laisse entrevoir aux initiés la face sombre de l’artiste.
Contrairement à ses albums précédents, Philippe
Katerine n’a pas travaillé avec le groupe Recyclers, mais s’est entouré du DJ
Gonzales et de
Renaud Letang. Le style s’en ressent avec une nette orientation vers les musiques électroniques minimalistes et une production beaucoup plus soignée. Son titre est un clin d’œil au
Human After All des
Daft Punk, car selon
Katerine « faire parti d’un groupe où tout le monde se ressemble est une idée atroce. L’humain est robot et le robot est humain d’une certaine façon ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que le disque marque ainsi un véritable virage chez l’artiste. Exit les ambiances sophistiquées et les collages audio,
Gonzales réalise ici une musique fine et efficace mêlant groove et esprit vintage au profit d’un univers faussement naïf et surréaliste. Mi-enfant, mi-provocateur, le
Katerine de
Robots après tout s’est vite révélé au grand public grâce à des pépites étudiées pour le dance-floor. Les boîtes à rythmes remplacent ici les cordes habituelles. Chaque événement de la vie quotidienne du chanteur est narré de façon fantasque et cauchemardesque (l’histoire vraie avec Marie LePen). Le ton est lancé.
Katerine se moque de tout et ne respecte rien. Pas même ce qu’il est.
Mais hormis les singles déjantés et disco-house (
« 100% VIP »,
« Louxor J’adore » et
« Bordeline ») que tout le monde reprend en cœur, y compris à la télévision, une part plus mélancolique est visible à travers
« Numéros » ou
« 78.2008 ». Tout s’organise autour d’un axe théâtral, sublimé sur scène par un véritable second souffle rock. Et ceux qui auront l’oreille attentive relèveront sans mal la détresse et l’angoisse qui caractérisent l’ensemble de la discographie de l’artiste. L’Homme y est exposé face à une société consumériste et obsédée par les chiffres ou les numéros. Des âmes solitaires en prise avec les absurdités contemporaines. Une sorte de névrose universelle sur le stress, la paranoïa, les artifices et l’inconscient collectif.
Reste à savoir si suite à ce soudain engouement du grand public, l’artiste va être suivi dans ses prochaines démarches artistiques. Car tout excentrique qu’est
Katerine, il pourrait bien finir comme les autres au rayon des « marginaux has been » à force de culot, d’outrage et de médiatisation.
Samuel Degasne