C’est le 21 juin 1932 que naît à Buenos Aires Boris Claudio Schifrin, au sein d’une famille juive et mélomane. Son père,
Luis Schifrin, violoniste à l’Opéra de la capitale argentine, lui assure très tôt une éducation musicale poussée : dès l’âge de six ans, « Lalo » étudie le piano et le solfège avec des professeurs de très haut niveau (parmi lesquels Enrique Barenboim, le père de
Daniel Barenboim, ainsi qu’un ancien responsable du Conservatoire de Kiev, et le compositeur Juan-Carlos Paz).
Durant son adolescence, il commence à s’intéresser également au jazz : après avoir commencé des études de sociologie et de droit, c’est finalement son goût pour la musique qui le rattrape et, à l’âge de vingt ans, il finit par décrocher une bourse au Conservatoire de Paris. Arrivé dans la ville lumière, le jeune Argentin joue du piano dans des clubs de Jazz pour gagner sa pitance, et suit les cours d’
Olivier Messiaen et de
Charles Koechlin. Il a également l’occasion de jouer avec son compatriote
Astor Piazzolla, également expatrié à Paris à l’époque. En 1955,
Lalo Schifrin représente l’Argentine au Festival international de Jazz de Paris. Revenu au pays, il fonde avec quinze autres musiciens le premier orchestre de Jazz argentin, qui remporte un réel succès, se produisant régulièrement à la télévision.
Lalo Schifrin bénéficie par ailleurs de propositions d’enregistrements de musique sur le petit comme le grand écran. Il n’en délaisse pas pour autant la scène du Jazz et, en 1956, commence à composer une longue partition pour les besoins de
Dizzy Gillespie, qu’il a rencontré lors d’une de ses tournées.
En 1957, il compose sa première bande originale pour un film de cinéma, pour les besoins du long-métrage
Venga a bailar el Rock. L’année où il livre sa composition, intitulée
Gillespiana, à
Dizzy Gillespie, il remporte un prix pour la bande-originale du film
El Jefe. Il collabore ensuite comme arrangeur pour l’orchestre de
Xavier Cugat, l’un des rois de la musique latino, avant de devenir, en 1960, pianiste dans la troupe de Gillespie, avec qui il s’envole pour New York. Cette même année, Gillespiana est enfin enregistré, et remporte un succès notable auprès des fans de Jazz et de la critique spécialisée.
Lalo Schifrin, qui commence par ailleurs à enregistrer des disques sous son propre nom, devient directeur musical de Gillespie, avec qui il participe à divers festivals. Il compose encore pour
Dizzy une nouvelle suite de Jazz, intitulée
The New Continent, avant de se décider, fatigué par le rythme des tournées de son patron, à travailler pour d’autres jazzmen, comme
Stan Getz,
Sarah Vaughan ou
Count Basie. Mais le talent de Schifrin ne se limite pas au Jazz : l’argentin commence par ailleurs à être de plus en plus connu pour ses compositions personnelles, comme
The Ritual of Sound, interprété au Carnegie Hall en avril 1963. Cette même année,
Lalo Schifrin est pris sous contrat à la Metro-Goldwyn-Mayer.
Hollywood, tu m’as pris dans tes brasEn 1963, Schifrin se voit confier par la MGM la bande-originale de
Rhino !, un modeste film d’aventures. Il enchaîne avec
Les Félins de René Clément, une coproduction franco-américaine interprétée par
Alain Delon et
Jane Fonda. Se distinguant rapidement par son talent à écrire des musiques nerveuses, idéales pour les scènes de suspense, il commence à enchaîner les musiques pour des films (
Les Tueurs de San Francisco,
Le Kid de Cincinnati,
Luke la main froide, et la célèbre partitin de
Bullitt en 1966) et les épisodes de séries télévisées (
Alfred Hitchcock présente,
Des Agents très spéciaux et, surtout, le générique de
Mannix en 1969), avec des B.O. faisant la part belle aux cuivres et aux percussions, pour des sonorités réalisant une synthèse parfois audacieuse entre le style jazzy et l’inspiration moderniste, puisant aux sources de différentes techniques musicales du XXe siècle. Mais c’est en 1966 qu’il signe son air le plus universellement connu, avec le générique de la série
Mission : Impossible, qui devient aux Etats-Unis et dans le reste du monde occidental synonyme d’action et de suspense : en 1968, la série lui vaut un Grammy Award.
Parallèlement, il continue d’enregistrer dans le domaine du jazz (
Schifrin/Sade, édité par le label Verve) : en 1971, il varie les plaisirs en signant un opéra rock,
Rock Requiem.