par Nikita Malliarakis
Au cours des années 1970, Lalo Schifrin multiplie les collaborations au cinéma, signant les partitions d’un nombre conséquent de films à très grand succès (L’Inspecteur Harry, Opération Dragon, Magnum Force), ainsi que de nombreuses grosses productions qui, à défaut de marquer toutes durablement l’histoire du cinéma, remportent parfois de jolis succès au box-office (Bons Baisers d’Athènes, Amityiville la maison du diable, mais aussi le désopilant Airport’80 Concorde, qui enterre la mode du film-catastrophe). Schifrin connaît cependant une déception d’importance avec le film L’Exorciste (1973), pour lequel la musique qu’il avait écrite, jugée trop stressante par le public des projections-tests, est jetée au panier. À la télévision, il prend en charge la première version du générique de Starsky et Hutch ainsi que celui du feuilleton inspiré par la série de films La Planète des singes.
Les Trois Ténors contre Jackie Chan
Dans les années 1980, Lalo Schifrin continue de composer avec une régularité de métronome pour le cinéma et la télévision, sans retrouver cependant de succès universels comme durant les décennies précédentes. Class 1984, Retour de la Rivière Kwaï, FX2 : effets très spéciaux ou Les Allumés de Bervely Hills ne bouleversent pas l’histoire du cinéma, mais ils donnent à Lalo Schifrin l’occasion de partitions efficaces et énergiques – souvent meilleures que les films qu’elles illustrent – prouvant qu’il n’est pas besoin d’écrire uniquement pour des chefs-d’œuvre pour garder la main. Il se montre également fidèle à la série des aventures d’Harry Callahan, assurant l’ambiance musicale des exploits de Clint Eastwood dans Le Retour de l’Inspecteur Harry et le très moyen L’Inspecteur Harry est la dernière cible. Parallèlement, Schifrin se tourne vers d’autres horizons, en collaboration comme chef d’orchestre ou arrangeur pour des spectacles de musique lyrique ou classique.
Sa capacité à passer d’un genre musical à un autre tout en supervisant de grands événement fait de lui un talent précieux dans le monde du spectacle : on le voit ainsi diriger des orchestres philharmoniques dans le monde entier et honorer de nombreuses commandes, composant des musiques aussi bien pour Daniel Barenboim que pour le Sultanat d’Oman, ou pour l’Orchestre Symphonique d’Honolulu. Il revient occasionnellement à ses racines argentines, signant des Cantares Argentinos créés en 1992 par la Los Angeles Master Chorale. Il est arrangeur pour les prestations des Trois Ténors et dirige des représentations de l’Orchestre Philharmonique d’Israël ou du London Symphonic Orchestra. En 1992, il compose les airs de l’événement musical Christmas in Vienna, interprété par José Carréras, Placido Domingo et Diana Ross (l’événement est réédité en 1995, Natalie Cole remplaçant Diana Ross). Toujours à la même époque, il compose un concerto, créé au National Symphony Orchestra de Washington, et interprété par Mstislav Rostropovich.
En 1996, il compose The Rhapsody for Bix, en hommage au jazzman maudit Bix Beiderbecke. En 1997, son épouse fonde le label musical Aleph Records, qui lui permet de se consacrer à des enregistrements de projets personnels, revenant notamment au Jazz avec les compositions « Jazz to Hollywood » ou « Latin Jazz Suite », et réalisant de nouveaux enregistrements de ses grands succès. En 1998, il a l’opportunité de composer la musique d’un nouveau très gros succès au box-office, avec Rush Hour, où sa musique vient rythmer les pitreries de Jackie Chan et Chris Tucker : il se charge en 2001 et 2007 des deux suites de ce hit surprise, tout en continuant de composer pour d’autres films (Bronx à Bel-Air, Le Pont du Roi Saint-Louis…). Le caractère très reconnaissable de ses musiques de film leur vaut d’être par ailleurs fréquemment samplé par des artistes de Hip-Hop ou de Trip-Hop, signe de l’ampleur de son influence culturelle.
Maître d’une musique nerveuse, lyrique et parfois avant-gardiste, Lalo Schifrin est celui qui aura su donner comme nul autre du nerf aux agents secrets de l’équipe de Jim Phelps, comme aux combats de Bruce Lee ou aux coups de Magnum de Dirty Harry. Multi-primé (quatre Grammy Awards, malgré une déveine persistante aux Oscars, la statuette lui ayant jusqu’à présent toujours échappé malgré six nominations), auteur de plusieurs thèmes musicaux connus du monde entier, Lalo Schifrin présente une carrière aussi riche que ses compositions sont variées et multiculturelles.
Les dates ... 2007 (10 Septembre) Sortie de Lalo Schifrin and Friends 2007 (23 Avril) Concert au Grand Rex |