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Rebirth
Lil Wayne

Cash Money Records
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Chronique de Rebirth

Dès la première mesure, le concept est lâché : ce septième album de Lil Wayne, le prodige au visage tatoué de la Nouvelle Orléans sera… un album de rock ! Une tentation souvent avouée par nombre de superstars du rap américain, qui en général ne conçoivent l’idiome que dans sa forme la plus lourde, metal ou rien. Lil Wayne ne dépare pas la collection, en rappant paresseusement, et le plus souvent à travers un Auto Tune qui lui forge une voix métallique et nasillarde, sur fond de gros riffs saignants.

Le rock, donc, c’est plus Kiss que Morrissey, pour sa génération et son univers. Nous voilà donc avec du gros rock rap de stade à la Linkin Park, ou Limp Bizkit, autant dire du rap metal fast food pour assommer de joie partagée des hordes de teenagers blancs boutonneux à casquettes de base ball. Hélas, on est loin de la finesse des Beastie Boys, ou de la collaboration mythique de Run DMC et Aerosmith sur « Walk This Way ». Après une montée en régime sans équivalent au cours des années 2000, jusqu’à cet exploit d’écouler plus de trois millions de copies de son Tha Carter III en 2008, sur la foi de beats imaginatifs et d’une verve quasi surréaliste, Lil Wayne se transforme (momentanément, on s’en doute, après le tiède accueil aux Etats-Unis de cet opus déviant) en dérouleur de clichés éculés sur le monde du rock, qu’il chantonne scolairement.

Dans ce brouet, on remarquera seulement « On Fire », avec son fond d’eurodisco à la Giorgio Moroder, et la collaboration avec Eminem, qui apporte un peu de vie à « Drop the World », fugace éclaircie dans cet album morne et daté, à la limite du consternant, qui fut longtemps annoncé et repoussé, et qui aurait pu ne rester qu’une rumeur tant il semble non avenu. Certes, le sexe et les riffs velus ont fait la légende de Mötley Crüe, mais pourquoi se couler dans un moule quand on a forgé sa légende avec une imagination et une puissance lyricale inédites ? Le pire aspect de cet album superfétatoire est sans doute le manque de structure des chansons, leur faiblesse inhérente, comme si elles étaient le fruit des efforts vains d’un groupe de série Z de Portland, Oregon (le couplet et le refrain féminin sur « Runnin' » sont tout simplement vomitifs).

Quant on pense que Dwayne Michael Carter est né dans la ville qui donna au rock parmi ses plus belles pages, on a envie de l’envoyer réviser ses classiques au lieu de faire le malin avec un son hors de saison. Ce faux-pas, qui doit être suivi d’une période d’emprisonnement pour port d’arme prohibé ne peut avoir qu’un seul bénéfice : lui permettre de réfléchir à tutoyer à nouveau l’excellence avec le désormais encore plus attendu Tha Carter IV !

Jean-Eric Perrin

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