Aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est loin de la côte californienne, épicentre de la contre-culture américaine, que Limp Bizkit voit le jour. C'est même en Floride, à Jacksonville, que le chanteur Fred Durst (né en 1971 - alors artiste tatoueur fils d'un officier de police spécialisé dans les narcotiques), Sam Rivers (1977 - basse), Wes Borland (1975 - guitare) et John Otto (1978 - batterie) commencent à pousser leurs premiers vagissements punkoïdes au cours de l'année 1994.
Dans la famille Bizkit : l'ascension
Groupe de lycéens comme il en existe des milliers à travers les Etats-Unis, Limp Bizkit (un « Biscuit Mou » trempé dans l'argot) s'affranchit cependant rapidement des contingences traditionnelles du rock du fait de l'influence du hip-hop sur Fred Durst qui adopte très vite le flow des rappeurs de la Côte Ouest pour les plaquer sur les textes du groupe naissant. Influencés tant par Red Hot Chili Peppers, Rage Against The Machine, Sum 41, Nirvana ou les Dead Kennedys que par Dr. Dre, Eminem et Snoop Doggy Dogg, Limp Bizkit évolue à la frontière de plusieurs styles contestataires sans pour autant réussir à se définir dans un genre précis. En 1995, l'arrivée au sein du groupe de DJ Lethal (ancien de House of Pain) et de ses mixes contribue encore au mélange absolu des disciplines, conférant à Limp Bizkit un répertoire vraiment à part, même si certains des musiciens n'acceptent que difficilement de mêler sonorités hip-hop et rythmes punk.
Si le groupe peine dans un premier temps à évoluer en dehors de la Floride et de Jacksonville, la rencontre avec Korn va changer les choses. Ayant rencontré les membres du groupe lors d'une tournée floridienne, Fred Durst se lie d'amitié avec Jonathan Houseman, le leader vocal de la formation de néo-métal californienne. Chapeauté par les « grands anciens » de Bakersfield, Limp Bizkit est embauché pour assurer leur première partie lors du Family Values Tour à travers tous les Etats-Unis (avec House of Pain et Deftones), permettant au groupe de Jacksonville de s'assurer une réputation nationale. Fort d'une démo transmise par Korn à son producteur Ross Robinson, Limp Bizkit se retrouve signé par le label Interscope.
Leur premier album, en 1997, Three Dollars Bill, y'All $ (Interscope) est très représentatif de ce tâtonnement initial : un tiers rap, un autre punk, et un zeste de grunge... Limp Bizkit ne possède pas de réelle identité en dépit d'une énergie incontestable. Ce premier album est un demi-succès, mais les puristes ne prédisent pas un grand avenir à ce groupe qui a tendance à trop saturer ses compositions par des riffs de guitares plus qu'agressifs, dans la grande tradition du punk rock. Sous l'influence de Korn, Durst commence à imposer une orientation « metal » aux compositions du groupe, ce qui plaît certes à Borland ou Waters, mais le place en porte-à-faux avec Lethal qui commence à se sentir un peu mis de côté. L'année suivante, le quintette tourne avec Faith No More, avant une seconde édition du Family Values Tour (ils en seront la tête d'affiche l'année suivante).
Les embrouilles
Significant Other, n°1 en 1999 (quatre millions d'exemplaires vendus), s'avère bien plus travaillé et construit que ne le fut Three Dollars Bill, y'All $ et Limp Bizkit fait suffisamment évoluer son répertoire pour se retrouver invité dans divers festivals consacrés au metal. En dépit de cette évolution, le groupe reste tout de même fidèle aux orientations de ses débuts et si les sonorités metal remplacent progressivement le grunge de départ (un genre de toute façon en désuétude depuis la mort de Kurt Cobain et la fin de Nirvana), Limp Bizkit s'inscrit toujours dans le registre de la fusion et n'en est pas encore au point de succéder à Manowar au rang d'« enfants terribles du metal ».