Quand sort
Hybrid Theory en octobre 2000, le néo-metal est au sommet de sa popularité : les groupes ayant préparé le terrain (Deftones,
Korn,
Limp Bizkit,
Soulfly,
Sugar Ray,
Incubus, etc.) parcourent le monde et vendent leurs disques par cargos, suivis par une bruyante nuée de geignards gémissants et vagissants (Crazy Town,
Drowning Pool,
Staind,
Papa Roach, etc.). C’est dans ce contexte favorable que
Linkin Park sort son premier album, intitulé d’un des précédents noms de la formation. De fait, le groupe sera, de la très diverse « scène » néo-metal,
LE plus grand succès commercial.
Un succès logique, tant les compositions sont accrocheuses, qui combinent la mélodie à une agressivité
tempérée : le son du groupe est très « FM », avec sa production léchée et ses morceaux succincts (entre 2mn30 et 3mn30). Reprenant la recette du néo-metal,
Linkin Park pratique le mélange des genres : guitares lourdes, alternances du chant (le groupe a deux chanteurs : un rappeur,
Mike Shinoda, et un chanteur/crieur, Chester Bennington), métissage d’élémentsmetal, electro et rap. Le tout mâtiné d’une sensibilité pop accusée, à la structure on ne peut plus classique (couplet-refrain-couplet).
Bien sûr, la musique et les textes sont truffés de clichés (les jérémiades nombrilistes, braillées sur fond de guitare
modérément saturées, étant la norme du néo-metal américain) et bien sûr tout cela est essentiellement un recyclage d’idées déjà développées par d’autres auparavant. Pourtant,
Hybrid Theory a quelque chose de séduisant. D’une séduction vulgaire, pourrait-on dire, facile et qui ne requiert aucun effort de l’auditeur. Certes, mais ces douze titres se laissent écouter, parfois avec un certain plaisir – et s’il n’y a rien là de très profond, rien qui hante et trouble, ce disque est pourtant une chouette – et opportune – réussite pop rock : les radios ne s’y sont pas trompées. Car au fond, sans doute faut-il considérer le sextet californien tel qu’il est : un groupe de pop à alibi metal, tout comme ce que sont
Green Day ou blink-182 au punk.
En définitive,
Linkin Park est un groupe représentatif de son époque : simple car immédiat, inoffensif et efficace. Warner peut donc se frotter les mains : en 2006,
Hybrid Theory s’était déjà vendu à 24 millions d’exemplaires et les nombreuses publications (DVD, éditions limitées, albums de remixes) raviront à chaque fois des fans conquis et une maison d’édition satisfaite de sa poule aux œufs d’or.
Mikaël Faujour