James Todd Smith est né le 14 janvier 1968 à Long Island, New York, où il grandit, fils unique, élevé par ses grands-parents après le divorce de ses parents, quand il a quatre ans. James est un enfant modèle, qui chante à la chorale de son église du Queens, va aux boy-scouts, et livre des journaux pour se faire son argent de poche ! À seize ans, sa vie va prendre un tour moins ordinaire : il s’achète un peu de matériel, et son grand-père lui offre une table de mixage rudimentaire avec laquelle il enregistre quelques maquettes qu’il entreprend de proposer aux labels de rap, encore peu nombreux en ces temps pionniers. Def Jam, label alors tout aussi « débutant », tombe sous le charme et lui offre un contrat.
Bruit de radio
Malgré quelques heurts épisodiques, LL Cool J va rester plus de vingt ans chez Def Jam. Nous sommes en 1985 et le label encore balbutiant sort « I Need A Beat », un maxi de l’apprenti rappeur teenager, qui s’écoule à cent mille exemplaires. La même année, Radio est un premier album qui fait grand bruit : les titres « I Can’t Live Without My Radio » et « Rock The Bells » sont des tubes qui permettent à cet album initial de décrocher un disque de platine, chose encore peu fréquente dans le rap.
Besoin d'amour
Il n’a pas encore vingt ans quand il devient une superstar, la première du mouvement. « I Need Love », qui figure sur son deuxième album, Bigger And Deffer, en 1987, est un morceau révolutionnaire : c’est le premier slow romantique et sensuel d’un genre musical jusque-là marqué par la colère ou la fête. Le rap est alors habitué aux tempos rapides, et personne n’a osé rapper une ballade, dont le succès lui permet de devenir une star cross over. Après ce coup de maître, il alternera les raps poppy et les titres plus durs, mais dans la longue liste de ses albums, ce sont plutôt les tubes consensuels lui permettront de collectionner les récompenses, disques d’or et de platine qui sont son ordinaire. Bigger And Deffer est d’ailleurs double disque de platine, « I Need Love » ayant été suivi de « Go Cut Creator Go », un hymne aux talents des DJ’s qui sont alors cruciaux dans le rap.
Artiste de rue
En 1989, Walking With A Panther est une nouvelle fois platine avec les hits « Going Back To Cali », « Jingling Baby » et « Big Ole Butt ». En 1990, tandis que le rap West Coast est en plein essor, LL Cool J frappe un grand coup avec un album dur et tranchant, Mama Said Knock You Out, et sa splendide pochette en noir et blanc. L’album est percutant, il affirme une nouvelle personnalité, plus adulte, LL Cool J n’est plus le poster boy, le jeune rappeur sexy éternellement dissimulé sous son chapeau Kangol, mais un artiste de rue. « The Boomin’ System », « Around The Way Girl », sont les tubes de ce disque, avec le titre de l’album, et son fameux clip dans une ambiance de ring de boxe. Dans cet album, LL Cool J se frotte à des thèmes plus matures, et reconquiert le public qui achète deux millions de copies de ce disque coup de poing.
Monsieur Smith
14 Shots To The Dome, en 1993, sans éclat notoire, le maintient dans le peloton de tête des rappeurs vedettes, il est encore une fois platine, avec le single « Pink Cookies In A Plastic Bag Getting Crushed By Buildings » (un des titres les plus étranges de l’histoire du rap), même si la tendance dure est préservée, et si l’artiste new-yorkais ne se soucie guère de proposer des morceaux plus pop. Après dix ans de carrière au sommet, LL Cool J est incontournable, il a son sitcom à la télévision (In The House), joue régulièrement dans des films d’action grand public, et vend son image un peu partout, sans pour autant souffrir de désaffection du public rap pur et dur. D’ailleurs M Smith, l’album qui suit, en 1995, va encore être un formidable succès (deux millions d’exemplaires), avec les hits « Doin’ It », « Loungin’ » et « Hey Lover », avec Boyz II Men, qui sample Michael Jackson.
Le plus grand
En 1997, avec Phenomenon, LL Cool J sacrifie pour la première fois au sport national du rap : le beef, l’embrouille. Étrangement, c’est avec un rappeur qu’il invite sur un morceau collégial de son propre album (« 4-3-2-1 » avec Redman, Method Man, DMX et, donc, Canibus avec lequel il va se livrer une guerre par le biais des chansons), qu’il démarre cette friction qui durera le temps de quelques maxis aux paroles furieuses. Il semble que l’étincelle qui met le feu aux poudres soit le début de contestation de sa suprématie par une nouvelle génération de rappeurs.