Quatuor parisien à l’origine,
Lofofora se créé en 1989 sur les décombres de petites formations locales comme The Hammers ou MST. Phil, Karl,
Erik et Reuno, quatre jeunes gens nourris au punk old school de
The Exploited, des
Dead Kennedys ou de Bérurier Noir, mais aussi aux groupes de hip-hop américains comme
Public Enemy ou aux groupes hardcore que sont les
Red Hot Chili Peppers, tout en gardant dans un coin de leur cœur une petite touche d’affection pour le metal.
Le tout mis dans un shaker, bien secoué et servi chaud donne
Lofofora, un groupe dont le patronyme évoque le champignon peyotl, un célèbre hallucinogène. Première année, premières répétitions,
Lofofora commence à se créer un petit répertoire avec lequel il entame une série de concerts dans quelques arrières salles de bars et autres squats.
Douce poésieChangement de
line-up dès 1992 avec l’arrivée d’Edgar à la batterie et de Pascal à la guitare, deux musiciens plus en adéquation avec le style que
Lofofora cherche à se donner. 1992 est également l’année des premières démos autoproduites et des concerts-marathons dans les squats du XVIIIe arrondissement de Paris. Concerts qui se terminent parfois en chassés-croisés avec la police ou en bagarres avec d’autres formations lorsque la bière coule à flots.
En 1993, grâce à une aide à la création musicale,
Lofofora enregistre sa première galette « pro », un EP tout simplement appelée
Lofofora et sur laquelle on retrouve quelques titres empreints d’une douce poésie
comme « Trou du con », « No facho », « Baise ta vie » ou une reprise de
« Zobi la mouche » (Les Négresses Vertes). Très engagé à gauche,
Lofofora s’associe volontiers à quelques mouvements radicaux comme SCALP ou la Fédération Anarchiste, tout droit dans la lignée de leurs illustres prédécesseurs.
Quelques sessions remarquées amènent
Lofofora à se voir contacté par l'équipe d’
Iggy Pop qui leur propose d’assurer la première partie de l’Iguane. Porté par la visibilité médiatique de la star, le groupe est approché par la presse anglo-saxonne qui s’intéresse aux petits
Frenchies encore méconnus dans leur propre pays. L’effet boule de neige étant lancé,
Lofofora attire l’attention de la presse spécialisée francophone, mais celle-ci, qui en ce début de décennie 90 ne jure que par le hard rock et le metal reste un peu dubitative face à ces loustics difficilement intégrables dans une case musicale spécifique.
La bande à ReunoEn 1995,
Lofofora signe son premier contrat professionnel chez PolyGram et sort un nouvel album là encore intitulé
Lofofora où se mêlent dub, sonorités ragga, punk, metal et phrasé rap hardcore. Si la plupart des titres de leur premier EP y sont repris, quelques morceaux hargneux s’y ajoutent et le disque rencontre un franc succès. Si Rachid Tadjine succède à
Pascal Lalaurie à la guitare,
Lofofora n’en reste pas moins fidèle à la ligne tracée par Reuno, celle d’un punk hardcore sans concessions.
Quelques dates internationales mènent le quatuor aux Etats-Unis et au Québec avant qu’il ne reparte en studio pour l’enregistrement de
Peuh !, sur lequel on trouve une reprise de
« Vive le feu » de Bérurier Noir. S’ils évoluent quelque peu dans l’ombre d’autres fondations fusion comme
No One Is Innocent,
Oneyed Jack ou
Silmarils, les quatre membres de
Lofofora ont pour eux le bénéfice de la constance, s’attachent lentement, mais sûrement à leur public au lieu de tout griller sur un ou deux singles flamboyants mais éphémères.
Associé le temps de deux morceaux au groupe de rap
Kabal ainsi qu’à Docteur L du groupe
Assassin,
Lofofora surprend un peu la presse spécialisée en s’affichant ainsi avec « l’ennemi » déclaré du hard rock mais n’en a cure tant que le public, lui, comprend la démarche artistique de la bande à Reuno qui n’hésite pas à brouiller les lignes traditionnelles du hard rock en reprenant
« L’opportuniste » de Jacqus Dutronc en compagnie de
Treponem Pal ou en posant sa voix sur des compilations de hip-hop.