Qu’il est
lourd à porter, l’héritage ! Cet acte de naissance officiel
en forme d’hommage d’un musicien à son génie de père provoque
un certain malaise. En essayant de s’affranchir des arrangements
originaux pour montrer l’étendue de son territoire,
Lulu propose
des relectures scolaires, jazz sur
« Intoxicated
Man », jazz manouche avec
Angelo Debarre sur
« Le
Poinçonneur des Lilas ». La
qualité intrinsèque des chansons est de toute façon inaltérable,
et les reprises de Gainsbourg sont déjà innombrables, et on les a
vues sous tous les oripeaux imaginables. Alors pourquoi pas une
version ethnique de
« La
Javanaise » chantée par
Richard
Bona.
Lulu Gainsbourg a des relations, et un pedigree qui lui permet de
convoquer le haut du panier. Ainsi
Johnny Depp et
Vanessa Paradis sur
« La Ballade de Melody
Nelson », Marianne
Faithfull,
Iggy Pop appliqué en français sur
« Initials
BB », Scarlett Johansson
pour un duo sur
« Bonnie &
Clyde » largement
médiatisé bien avant qu’on ne l’écoute, Shane McGowan (The Pogues)
ânonnant
« Sous le soleil
exactement », Rufus
Wainwright, l’incontournable M, et
Mélanie Thierry en réplique
des actrices chantantes de papa... La liste est disparate, et le
marketing prend vite la place de l’expression.
En solitaire,
pianiste et arrangeur
(« Black
Trombone »),
Lulu G
revisite les débuts de son père en pianiste d’hôtel, ou de son
grand-père en pianiste de casinos normands. On aime tant ces
chansons, elles sont tellement indissociables de notre ADN que c’est
toujours un plaisir de les entendre, mais encore une fois, qu’il
est lourd à porter, l’héritage ! Avec cet album prévisible,
quoique soigné, le fils de
Bambou arrive certes sur le marché avec
une forte charge médiatique, mais il n’en sera que plus ardu pour
lui d’enchaîner avec sa propre écriture, puisqu’il aura
commencé par la confronter à l’Himalaya de la chanson française.
Jean-Eric Perrin