Mathangi « Maya » Arulpragasam est née le 17 juillet 1977 à Londres dans le quartier de Hounslow, de parents sri lankais. Son père Arul Pragasam est un activiste tamoul dont l'engagement va obliger la famille à d'incessants déplacements. A l'age de six mois, Maya et sa famille retournent au Sri Lanka. Le père devient un leader politique de l'EROS, organisation étudiante révolutionnaire en lutte pour l'indépendance de la communauté tamoul. Son surnom de militant « Arular » deviendra plus tard le titre du premier album de sa fille.
Recherché par l'armée sri lankaise, ses visites à sa famille sont rares et secrètes. Les années 80 voient la guerre civile s'amplifier : l'armée bombarde routes et chemins tirant sur les tamouls qui cherchent à fuir vers l'Inde. La situation devenant intenable, la mère de Maya fuit vers l'Inde avec ses enfants et revient à Londres en demandant le statut de réfugié.
De Maya à M.I.A.
C'est à 11 ans, logée avec sa famille à Mitcham dans le sud de Londres que Maya apprend l'anglais qu'elle maîtrise très vite. A l'écoute de la radio, elle se reconnaît immédiatement dans la veine militante du rap et tout particulièrement les new-yorkais de Public Enemy. Son parcours chaotique et l'engagement de son père trouvent une résonance à travers la musique explosive de ce groupe aux textes brutaux et politisés. Leur visuel paramilitaire sur scène et sur disque frappe la jeune fille en recherche de son identité.
A l'école, Maya est une élève brillante et créative. Elle découvre la richesse multiethnique et l'effervescence de Londres et s'imprègne de toutes les scènes musicales et picturales émergeantes. Reçue à la prestigieuse école d'art Central Saint Martins, elle y étudie les beaux-arts, le cinéma et la vidéo. Elle se passionne aussi pour le prêt à porter (sa mère est couturière) et confectionne les tenues bigarrées et branchées qu'elle porte.
Maya impressionne ses professeurs par sa vivacité et sa facilité à recycler les choses qui l'entourent que ce soit l'imagerie militante de Public Enemy qu'elle mixe avec les images de guerre de son enfance ou l'art urbain d'un Keith Haring mêlé à l'univers des jeux vidéos. Ses influences cinématographiques vont du réalisateur underground américain Harmony Korine à l'exigence de Lars Von Trier et des réalisateurs du Dogme 95.
La première exposition de peinture de Maya - qui se fait désormais appeler M.I.A (« Missing In Action » en français « disparu au combat ») - a lieu à Portobello. Ses peintures aux couleurs « fluo » mêlent tigres et palmiers, images de bombes, de fusils et de combattants de la liberté. L'exposition très remarquée postule à une nomination pour le prestigieux prix Turner.
De l'image à la musique
En 2000, elle est diplômée de l'école d'art Central Saint Martins. Justine Frischmann la chanteuse du groupe britpop Elastica lui demande d'assurer le visuel et la pochette du deuxième album du groupe intitulé The Menace. Maya suit et filme la tournée mondiale du groupe dont la vedette américaine est une ancienne élève de son école la très affirmée Peaches. Son mélange d'électro et de punk inspire beaucoup M.I.A. Peaches l'encourage à se lancer dans la musique et l'initie au matériel avec lequel elle compose : le fameux Roland 505 qui allie séquenceur, sampleur et boîte à rythmes.
Ainsi équipée, Maya travaille une démo de six morceaux dont le premier est « M.I.A. » et le second « Galang ». Sa musique, mélange détonnant de ragga jamaïcain, de world, rap, electro, UK garage et de jungle fait immédiatement sensation. « Galang », remixé par le duo Cavemen, est édité par Shobizz Records à 500 exemplaires, assez pour susciter l'intérêt immédiat des DJs et des médias. Des labels se pressent pour la faire signer. XL emporte le marché laissant à l'artiste le total contrôle artistique et graphique de son ?uvre.
Toujours produit par Cavemen, le deuxième single « Sunshowers » sort en juin 2004. Le buzz remonte jusqu'à New York où elle obtient des papiers dithyrambiques du New York Time, du Village Voice et la couverture du très branché New York's Fader. La sortie de ce numéro est l'occasion de donner son premier concert où sa voix assurée et versatile rend folle l'assistance new-yorkaise. Le morceau « Galang » est réédité par XL le 1er novembre 2004 accompagné d'un clip vidéo amateur et bigarré réalisé par la chanteuse et Ruben Fleischer. On y retrouve le visuel de son exposition mêlé à des scènes d'émeutes et du Londres de la nuit. Dans le second clip « Sunshowers » filmé dans une jungle du Sud de l'Inde, on voit M.I.A. chevaucher un éléphant dans l'eau.