Aussi célèbre pour ses fugues que pour sa voix de
Billie Holiday du troisième millénaire,
Madeleine Peyroux, l’ex new-yorkaise, parisienne d’adoption depuis l’adolescence, est devenue dès son premier album une sorte de chef de file de cette nouvelle génération de chanteuses de jazz blanches, jeunes, blondes et jolies (Viktoria Tolstoy,
Eliane Elias,
Diana Krall, Melody Gardot…), qui sont au jazz vocal d’aujourd’hui ce que sont Laurence Ferrari ou Anne Sophie Lapix à l’information.
Ces considérations esthétiques posées,
Bare Bones, quatrième album de Mademoiselle Peyroux, dont elle signe cette fois toutes les paroles, est doux comme une caresse. Souvent égarée au milieu du pont qui mène du jazz au folk, Peyroux a composé avec ses musiciens ou des intervenants extérieurs comme
Joe Henry ou
Walter Becker, des petites pièces sans esbroufe, mais toutes en mélodies cotonneuses, autour de thématiques empreintes de nostalgie.
La patte de
Walter Becker, qui signe
« Bare Bones » et un
« You Can’t Do Me » effectivement très
Steely Dan d’esprit, emmène ce disque vers un rock sophistiqué comme on n’en entend plus guère aujourd’hui, acoustique et raffiné, infiniment précieux et élégant. Le vibrato un peu voilé, et réminiscent de la tragédienne Billie H. qui fait la personnalité de la voix de cette chanteuse de jazz d’aujourd’hui s’accommode au mieux de ces ambiances boisées, ces chansons chuchotées à l’oreille, qui s’effilochent comme de la fumée, mais laissent leur parfum en souvenir inaltérable. Plus qu’un album, ce disque est une confidence.
Jean-Eric Perrin