S’il ne doit rester qu’un groupe associé au heavy métal pur et dur, c’est bien Manowar. « We don’t attract wimps ‘cause we’re too loud » (on n’intéresse pas les lopettes parce qu’on fait trop de bruit) proclame fièrement la formation que le Guinness Book des records a homologué comme étant la plus bruyante de la planète. Cuir, grosses cylindrées, jolies bimbos dévouées (« Woman, Be My Slave ! »), épées en mousse, odes aux héros mythologiques, peaux de bêtes et marteaux de Thor : la bande de Joey DeMaio ne lésine pas sur les grosses ficelles qui tachent pour imposer un style visuel virant parfois au kitsch plus ou moins assumé. Reste que, de l’album Battle Hymns à Warriors Of The World en passant par Hail To England, le groupe cultive son image de rejetons purs et durs du métal au point d’avoir son propre festival en Allemagne ! « Others bands play... Manowar kills ! »
Contrairement aux nombreuses sagas Nordiques exaltant les valeurs des fiers Vikings dont ils se gargarisent, les membres de Manowar ne sont pas originaires d’une quelconque civilisation perdue de Thulé, mais plus prosaïquement d’Amérique du Nord, au début des années 1980 lorsque le bassiste Joey DeMaio, alors roadie de Black Sabbath, décide de voler de ses propres ailes plutôt que de rester dans l’ombre du combo d’Ozzy Osbourne.
Faisant la connaissance de Ross Friedman, alors guitariste du groupe français Shakin’Street aux côtés de Louis Bertignac et Corine Marienneau, futurs opérateurs de Téléphone. DeMaio sympathise avec celui qui fait parfois appeler « Ross The Boss », avec lequel il partage un goût commun pour le heavy metal, les mythes et légendes scandinaves, celtes et grecques, la littérature d’heroic-fantasy et les grosses motos américaines.
Décidant de s’associer au sein d’un groupe qui serait véhicule à la fois d’un « gros son » et d’une imagerie guerrière, les deux hommes fondent Manowar en 1980, recrutant par petite annonce le batteur Karl Kennedy et surtout le soliste Eric Adams dont la formation de chanteur classique et lyrique séduit le duo d’origine.
Après une première tournée aux Etats-Unis, Manowar enregistre son premier album studio en 1982, Battle Hymns sur lequel le groupe parvient à débaucher nul de moins qu’Orson Welles en personne ; le célèbre comédien et cinéaste prête sa légendaire voix de basse pour jouer les narrateurs sur les titres épiques « Dark Avenger » et « Defender ». Si « Dark Avenger » figure bien sur Battle Hymns, « Defender » est laissé de côté et sera retravaillé pour les besoins de l’album Fighting The World (pour les séances d’enregistrement ultérieures et les prestations sur scène, Welles étant décédé dans l’intervalle, c’est l’acteur Britannique Christopher Lee qui prête sa voix au narrateur).
Karl Kennedy ne participe pas à la tournée de promotion de l’album, remplacé par Donny Hamzik, lui-même sur le départ après le show-tour exténuant (Manowar peut jouer plus de quatre heures sur scène sans interruption !) et bientôt remplacé par Scott Colombus, alors solide ouvrier fondeur et fan de hard rock.
Manowar, Manowar, living on the road...
Into Glory Ride, en 1983, signé (avec le sang des musiciens !) chez Megaforce Records, annonce le changement d’orientation du groupe qui, s’il reste toujours profondément heavy métal, abandonne progressivement les quelques revendications sociales et politiques de ses textes pour ne se consacrer qu’à la narration de sagas épiques puisées au cœur du folklore européen (et plus particulièrement nordique).
C’est également à partir de cet album que Manowar se défait du carcan de la longueur classique d’un morceau passable en radio, pour produire des titres dépassant allégrement les sept ou huit minutes. L’année suivante sortent coup sur coup deux albums dépassant de quelques titres le format classique de l’EP : Hail To England et Sign Of The Hammer, dans lesquels apparaissent déjà les prémices d’un certain nationalisme paneuropéen et néo-païen que certains coupeurs de cheveux en quatre iront par la suite reprocher à Manowar.