Avec Sam Cooke et Al Green, Marvin Gaye reste un des acteurs de référence de la soul music. Pensionnaire de l’écurie Motown de Détroit, l’un des labels légendaire de la musique noire Américaine (avec Stax de Memphis), dont il deviendra une des icônes, il saura se faire accepter du public blanc, qui le découvrira notamment lors d’un Live au Copacabana de New York en 1965. Mais c’est bien avec la sortie de son album What’s Going On en 1971 que la soul music va trouver un second souffle salvateur. Chanteur profond, doux et déchiré à la fois, Marvin Gaye donnera dès lors à cette musique un sens nouveau, sur fond d’action sociale et de grands bouleversements dans le monde.
Dès sa jeunesse, Marvin Gaye chante des gospels au sein de l'église paternelle. Il apprécie ces moments de liberté et les fidèles ne restent pas longtemps insensibles à son talent (et à son charme). Il n'est pas rare qu'à la fin du service, les fidèles viennent plutôt voir Marvin Gaye Jr pour lui témoigner leur sympathie et leur admiration. Cela a le don de faire enrager son père et les rapports que Marvin Gaye entretient avec lui deviennent de plus en plus difficiles. A l'inverse, il éprouve pour sa mère un attachement très profond mais qui provoque chez son père une véritable jalousie. Quotidiennement battu par son père, Marvin Gaye s'engage dans l'Air Force en 1956 afin d'échapper à cette violence.
Mais il règne, au sein de l'armée des Etats-Unis, une telle ségrégation qu'au bout d'une année, Marvin Gaye sombre dans une profonde dépression. De retour à Wahington en 1957, il se tourne alors vers la musique et plus particulièrement les groupes de Doo-Wop, très nombreux dans cette ville (The Clovers, The Dreamtones, The Rainbows...). Marvin Gaye avait déjà fait partie d'un groupe de Doo-Wop lorsqu'il était au collège : The DC Tones, et avec un de ses membres et un membre des Raibows, ils forment The Marquees et enregistrent deux singles pour le label Okeh en 1957. C'est à cette époque que le leader des Moonglows, Harvey Fuqua, les remarque et les engage afin de remplacer son groupe dont il s'est séparé peu de temps auparavant. Par l'intermédiaire de cet homme, Marvin Gaye va enregistrer de nouveau et participer à des séances studio pour Chuck berry ou encore Etta James, dont Harvey Fuqua est le compagnon.
Au début des année 60, le Doo-Wop est sur le déclin et Marvin Gaye décide de suivre Harvey Fuqua à Détroit où ce dernier vient de monter un label qui porte son nom : Harvey. Désormais séparé d' Etta James, Harvey Fuqua s'affiche avec une jeune fille du nom de Gwen Gordy. Son frère Berry a lui aussi monté son label, Motown, et rencontré le succès avec les Miracles et leur hit Shop Around à la fin 1960. Toujours à la recherche de nouveaux talents, Berry Gordy décide d'engager Marvin Gaye en tant que batteur de studio et de tournée pour les Miracles (le groupe de Smokey Robinson, autre icône de la Motown) et le jeune Stevie Wonder. Mais le rôle de musicien de studio est bien trop réducteur pour un homme qui aspire avant tout à chanter et à devenir le nouveau Nat King Cole (à qui il voue une admiration sans faille). Sa rencontre avec Anna Gordy, autre soeur de Berry Gordy, va précipiter les choses et Marvin Gaye se voit donc proposer d'enregistrer un disque. Ce premier album intitulé The Soulful Moods of Marvin Gaye lorgne plutôt vers le jazz crooner que vers le Rhythm & Blues. Très influencé par Nat King Cole ou Frank Sinatra, il se vendra très peu mais la carrière de Marvin Gaye en tant qu’interprète est désormais lancée. Tout comme Sam Cooke auparavant, Marvin Gaye en profite pour ajouter un « e » à son patronyme, espérant mettre fin aux allusions d’homosexualité que lui conféraient son nom.