Hé non, Maxime Le Forestier n’est pas né dans une maison bleue accrochée à la colline, mais, plus prosaïquement, à Paris le 10 février 1949. Elevés dans un milieu cultivé, Maxime et ses sœurs Anne et Catherine s’intéressent très jeunes à la musique, sous l’influence d’une mère mélomane qui leur apprend les rudiments du solfège, du violon et du piano, et d'un père anglais. Élève peu motivé et rêveur, Le Forestier ne connaît qu’une scolarité médiocre. Non qu’il soit l’un des blousons noirs de son temps, mais il lui arrive de se montrer rebelle envers l’autorité : il est d’ailleurs renvoyé du prestigieux lycée Condorcet pour ce motif. Mais entre-temps, le jeune homme a découvert Georges Brassens et son œuvre. Immédiatement séduit, Maxime Le Forestier reprend sur sa guitare les partitions de l’homme à la pipe et improvise ses premiers concerts dans les brasseries ou le marché aux puce de Saint-Ouen. Sa sœur Catherine, guère plus intéressée que lui par les études, devient très vite sa partenaire et le duo tourne dans les cabarets et les petites salles de spectacle de la capitale. Sous leur nom de scène de Cat et Maxime, le duo enregistre deux 45-tours pour Barclay : « Emmène-moi » (octobre 66) et « La Ballade de nulle part » (juin 67). C’est lors d’un tour de chant qu'ils rencontrent Georges Moustaki qui les autorise à reprendre certaines de ses chansons. Forts de ce nouveau répertoire, Cat et Maxime (leur nom de scène) commencent à graviter dans le petit milieu germanopratin et côtoient les artistes de leur temps. Moustaki, bien sûr, mais aussi Serge Reggiani à qui Maxime Le Forestier propose le morceau, la « Ballade pour un traître », acceptée de bon cœur.
Chanteur engagé
Appelé sous les drapeaux en 1969, quelques mois après les événements de Mai 68, Maxime Le Forestier se retrouve incorporé chez les parachutistes. Il en sort écoeuré de l’armée, définitivement acquis à la cause pacifiste et surtout, fortement inspiré pour écrire une chanson qu’il composera définitivement quelques années plus tard : « Parachutiste ». Mettant à profit son temps libre pour jouer et composer, Maxime Le Forestier saisit l'opportunité d'enregistrer ses deux premiers 45-tours en solo (« La petite fugue » et « Concerto sans frontières », Disques Festival). Mais, dans l’immédiat, c’est à Marseille qu’il choisit de se rendre avec Catherine pour jouer dans la comédie musicale Oh ! America qu’il a contribué à créer. Si, en 1970, Maxime Le Forestier a déjà enregistré quatre 45-tours, son audience n’a guère dépassé le Quartier Latin et rien de spécial ne le retient en France. Maxime Le Forestier choisit donc de partir à la poursuite de son propre rêve américain et, en de début de seventies, se retrouve quelques temps à San Francisco, au cœur de la communauté hippie. C’est au milieu des babas-cool de la côte ouest qu’il compose quelques chansons qui formeront l’ossature de son premier album : Mon Frère (septembre 1972). « L’Education sentimentale », « Parachutiste », « Mon frère » et bien sûr, « San Francisco » reçoivent un accueil favorable du public français lors de son retour sur le sol natal et permettent à Maxime Le Forestier de se faire un nom dans la communauté, pas si ouverte que ça, des chanteurs à textes engagés.
Plus libertaire qu’autre chose, Maxime Le Forestier se fait toutefois rapidement estampiller « chanteur rouge » par la critique, créneau sur lequel il est loin d’être le seul actif. En 1973, Le Steak (« ...ou la complainte de ceux qui ont le ventre vide »), traitant de la misère ne fait que confirmer son orientation résolument (mais gentiment) gauchiste. L’album est un succès qui lui permet de faire son premier Olympia en 1974, concert dont est tiré son premier album live la même année. Une grande tournée à travers toute la France et de fréquents passages de ses titres à la radio permettent de le faire connaître à un large public. La polémique créée autour du titre « Parachutiste » n’est pas pour rien non plus dans la médiatisation de l’artiste. Fidèle à ses convictions, Maxime Le Forestier casse les prix des billets pour ses concerts (dans l’esprit de l’artiste, le tarif d’une place ne doit pas excéder 10 francs), ce qui lui est reproché par quelques-uns de ses confrères.