Le rappeur le plus charismatique du groupe de rap emblématique des années 90 a parfaitement joué le rôle de porte drapeau sonore pour ses acolytes du Wu-Tang Clan. Se faisant au passage un nouveau pote au micro en la personne de l’également empreint de vapeurs enfumées Redman. Et même si le succès critique ne dépassera jamais celui de son premier album solo, il a su habilement employer ses affinités naturelles avec la caméra pour franchir la porte de la renommée cinématographique, mais rencontrant là encore une reconnaissance aléatoire. Il semble que le rappeur acteur soit aujourd’hui plutôt intéressé par des projets qui lui tiennent à cœur, permettant de maintenir si besoin un dérapage commercial constamment contrôlé.
Clifford Smith naît le 1er avril 1971, connaissant une enfance classique pour un enfant du ghetto, balancé entre un père flirtant avec l'illégal à Long Island et une mère à Staten Island, la division insulaire de New York généralement honorée d'un simple aller-retour histoire d'entrapercevoir la Statue de la Liberté. Il grandit cependant avec sa mère dans les pojects de Park Hill sur la Côte Nord de l'île, avec ses sœurs aînée et cadette.
Education d'autant plus difficile qu'elle est entrecoupées d'absences plus ou moins prolongées au cours de son enseignement supérieur, le jeune homme étant rattrapé par le quotidien sordide et peuplé de substances artificielles qu'il se met bien vite à diffuser et consommer.
Il est sauvé par ses compagnons sonores qui se réapproprient bien vite l'île, la renommant Shaolin Island en raison des longs métrages de kung-fu qu'ils regardent sans discontinuer dans les cinémas aux ressorts défoncés, et dont ils peuplent bientôt leur univers rapologique.
Il se baptise lui-même Method Man, en s'inspirant du film de 1979 The Fearless Young Boxer. Et cet assemblage de talents hors de commun, davantage connu sous le nom du Wu-Tang Clan, révolutionne le monde du rap en 1993, car c'est un véritable raz de marée sonique qui envahit alors les bacs des disques, imposant un univers rempli de références empruntées à la rue et aux films d'arts martiaux chinois.
Son style de rap spectaculaire couplé à sa voix profonde et son charisme naturel font naturellement de lui le membre préféré du Clan aux yeux du public. Il est ainsi présent sur huit des douze morceaux de Enter the Wu-Tang : 36 Chambers, rappe le refrain d'un des morceaux les plus importants de l'histoire du rap « C.R.E.A.M. », tout en étant l'un des rares à bénéficier d'un morceau solo sous son patronyme « M.E.T.H.O.D. M.A.N. ». Et profitant de cette aubaine commerciale incroyable qu'a réussi à obtenir RZA, le génie musical derrière le Wu, il signe sur le légendaire label de rap Def Jam et s'attelle à son premier solo Tical en 1994.
Sa voix s'y révèle encore plus écorchée qu'à l'habitude, probablement l'abus nocturne de cigares remplis d'herbe, conservant son débit également débordant de salive, ce qui rajoute une ambiance souvent irréelle lorsque couplée avec des hurlements ou des bruits d'objets contendants en plein affûtage. L'album extrêmement sombre est paradoxalement très bien accueilli, utilisant le succès du single avec Mary J. Blige « I'll Be There for You/You're All I Need » qui décroche un Grammy en 1996 et aide l'album à atteindre le statut de platine.
Il multiplie par la suite les collaborations, réussissant l'improbable, à savoir travailler avec les deux ennemis jurés Notorious B.I.G. sur le premier album de ce dernier pour « The What », , ainsi que Tupac Shakur sur « Got My Mind Made Up ». Ou encore avec Show et AG sur leur second album Goodfellas.
La suite des aventures sur disque du Wu, Wu-Tang Forever débarque le 3 juin 1997, et l'impose définitivement en tant que superstar du rap. Le double album, toujours aussi peu aux couleurs sonores du rap commercial, est en effet un nouvel incroyable succès relayé par les médias du monde entier stupéfaits du rayonnement du groupe qui va décidément à l'encontre de toute logique mercantile admise jusque là dans l'industrie musicale.
Meth s'exprime par contre de manière véhémente quant à la qualité plutôt douteuse des produits griffés du label du Wu, « Wu-Wear », lancé en même temps que l'album, direction marketing qu'il n'approuve d'ailleurs absolument pas et qui ne dure pas.
Son second album arrive une année plus tard en 1998, Tical 2000 : Judgement Day, fortement inspiré par les théories post apocalyptique associées à la fin du millénaire. Les ventes sont encore meilleures que pour le premier, grâce aux deux singles qui jouent parfaitement le rôle de mise en bouche musicale, « Judgement Day » plutôt festif, et « Break Ups 2 Make Ups » teinté de soul avec D'Angelo.
L'album est également toujours aussi bien accueilli par les fans, rassurés que l'artiste n'ait pas troqué ses compagnons de microphone pour d'autres nettement plus tendances, fortifiant au passage sa réputation d'un des meilleurs rappeurs au monde avec un timbre toujours aussi original.