La petite entreprise... connaît la crise
En 1969, Magne prend un peu de recul vis-à-vis du cinéma pour se consacrer au projet de sa vie (qui sera, cependant, davantage celui de sa mort), la fondation de son propre studio musical, le Strawberry Studio, vite rebaptisé Studio d’enregistrement Michel Magne (S.E.M.M) dans les locaux de sa propriété d’Hérouville. Toujours précurseur, il est le premier à créer un studio au sein même de sa résidence principale et d’enregistrer « à la bonne franquette » et avec les moyens du bord. Investissement au coût exorbitant, le studio se révèle cependant très rapidement déficitaire, d’autant que les conditions de réception des artistes venus enregistrer (grands crus, maître d’hôtel en livrée, traiteurs les plus chics et tout le tralala) s’avèrent bien trop chères pour la petite entreprise de Magne. Pourtant, on se bouscule au portillon pour venir travailler chez lui et pendant quelques années, ce sont rien de moins que T-Rex, Magma, Eddy Mitchell, Elton John, Nino Ferrer, Adamo, les Grateful Dead ou Pierre Vassiliu qui viennent enregistrer leurs albums dans le cadre somptueux du château d’Hérouville, laissant à chaque fois au propriétaire des lieux le soin de régler la note. Dès 1973 : le couperet tombe : l’entreprise n’est pas rentable du tout et l’entreprise est mise sous contrôle judiciaire. Sale coup pour le compositeur qui ne s’en remettra jamais vraiment. Le manque de baraka accompagne désormais Magne comme un boulet. Une tentative de reprise en 1974, puis d’association avec le directeur artistique Laurent Thibault échouent et l’artiste se retrouve contraint de mettre son château aux enchères pour régler ses dettes, ne composant presque plus pour éviter que ses droits d’auteur ne soient prélevés à la source.
Les années noires
Moins présent au cinéma, Michel Magne est cependant contraint d’y revenir pour éponger les dettes de son studio, mais le cœur n’y est plus, d’autant que son nom reste associé à un cuisant échec commercial et financier dans l’esprit de beaucoup de décideurs. Seule sa rencontre et sa collaboration avec Jean Yanne (Moi y’en a vouloir des sous, Les Chinois à Paris, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil...) lui permet de sortir du marigot de la création musicale un peu répétitive à destination des quelques navets dont on veut bien lui confier l’habillage musical. Si son studio reprend quelques activités à partir de 1975 et reçoit des invités aussi prestigieux que David Bowie, Charlélie Couture ou les Bee Gees, une seconde décision de justice vient très rapidement faire déchanter le compositeur pour qui la série noire continue. Retiré quelques années dans le Sud, à Saint-Paul de Vence, il se consacre désormais essentiellement à l’écriture de sa biographie, catharsis qui lui permet de relever la tête hors de l’eau, et ne regagne plus guère Paris que pour enregistrer quelques morceaux destinés à figurer dans la bande originale de quelques oeuvrettes oubliables comme SAS à San Salvador de Raoul Coutard, énième variation bondienne sur le thème de l’espion international invincible auquel aucune fille ne résiste. Son autobiographie intitulée ironiquement L’Amour de vivre sort en 1980 et obtient un petit succès en librairie. Mais Magne, qui désormais ne fait plus que de la musique électronique et limite les enregistrements et les concerts au maximum (ses droits d’auteur sont immédiatement saisis pour rembourser ses dettes), est tout de même au bout du rouleau. Irrité et épuisé par les conséquences financières de ses échecs à répétition, il met fin à ses jours, le 19 décembre 1984 au Novotel de Pontoise. Fin tragique pour celui dont tout un chacun se rappelle encore les plus célèbres compositions et qui, s’il n’avait pas connu de désastre financier, aurait pu être l’égal d’un Vladimir Cosma ou d’un Georges Delerue.
Benjamin D'Alguerre
Les dates ... 1984 (19 Décembre) Décès de Michel Magne 1980 Parution de son autobiographie |