En vraie fille de son époque,
Micky Green assure positivement a-do-rer
Eminem et
Nina Simone,
David Bowie et
Dolly Parton : ce que ne sait pas
Micky Green, c’est que sa blondeur lui permet d’apprécier jusqu’à André Claveau, et qu’on est même prêt à lui passer les disques. Blonde, Michaela Gehrmann l’est désormais tellement, que, depuis le succès hexagonal de son album de 2007,
White T-Shirt (pas mouillé), on sent pointer la mutation vers une version rafraîchie d’Annie Lennox.
Sentiment conforté par un deuxième effort qui creuse toutefois le même sillon que son prédécesseur (à telle enseigne que des chansons comme
« R’n’B » pourrait parfaitement figurer au menu du premier opus) : toujours enregistré à Paris, dans ce studio Ferber cher au chanteur Christophe, et toujours produit par Renaud Létang (d’
Alain Souchon à
Emilie Simon, qui n’a pas œuvré avec lui ?),
Honky Tonk peut se voir accoler l’étiquette inchangée de pop vocale, sensuelle, sophistiquée et minimaliste à la fois, sans rougir, ni tromper qui que ce soit sur la marchandise.
Mademoiselle Green pose sa petite voix racée sur de délicates mélodies fantômes (comme on peut dire d’un train, qui progresse à son allure), et répétitives, dans une atmosphère glamour dans laquelle on entendrait voler un gant de soie. Toutefois, partant du constat que, qui n’avance pas recule, l’artiste et son producteur ont veillé à enrichir le matériau de base (rythmes bricolés sur l’évier de la cuisine, vocaux évanescents) par quelques malignités sonores : se succèdent alors claviers vintages (parfois proches du zinzin, ou d’un orgue Bontempi, chéri par toutes les mémoires), touches electro (
« R’n’B », encore), cuivres, sinon haletants, tout du moins largement inspirés par la scansion hypnotique des praticiens du rhythm and blues, et basses rondes comme les hanches d’une jeune fille à son premier rendez-vous.
Plus surprenant encore, sont invités ici le tromboniste de jazz
Julien Chirol, qui, après quelques collaborations avec M ou
Jane Birkin, poursuit son avancée dans l’univers rutilant de la pop, et
Eric Legnini, sans doute le plus pertinent pianiste de la scène jazz d’outre Quiévrain. Tout ce petit monde rutile sur
« T. L. » (c’est-à-dire
True Love), chanson envoyée en avant-garde de l’album, boule à facettes s’appuyant sur un riff d’
AC/DC dévoyé au piano, et idéale bande musicale de la fièvre de tous les soirs. Le honky tonk, variante primesautière de la musique country, incitatrice à la consommation d’alcool et à l’intimité, se confond souvent avec son homonyme, ce bar enfumé dans lequel on peut l’entendre.
Ainsi, fermons les yeux : en fin de semaine, nous nous délassons autour de quelques bières, et c’est
Micky Green, coiffe de chef indien sur le crâne, qui vient prendre la commande. On peut rêver.
Christian Larrède