En
2006,
The
Trials of Van Occupanther avait
mis tout le monde d’accord. Critique influente et public avaient vu
dans ce deuxième album de
Midlake l’éclosion d’un groupe de
cinq musiciens texans transcendés par un folk rock venu d’un autre
monde, celui des années 70 peut-être. Une musique hautement
inspirée tombée d’une faille spatio-temporelle musicale... C’est
avec ce souvenir vieux de quatre ans que le nouvel opus de Midlake
est attendu les poings serrés, l’oreille impatiente, d’autant
que
Midlake a mis trois ans pour écrire puis enregistrer ce disque.
Et
l’engouement –justifié ou pas- de la critique avant même sa
sortie est bien réel.
The
Courage of Others
mérite-t-il un tel enthousiasme ? A la première écouté
d’abord, surprise. Le rock bucolique mais enlevé des précédents
opus, qui parvenaient à faire fusionner un
Grandaddy avec un
Radiohead et un
Super Furry Animals, laisse ici place à une disque
clairement inspiré par le folk rock anglais des années 60. Les
grands espaces du Texas se voient ici balayés par la « countryside »
anglaise.
« Acts
of Man »,
qui ouvre l’album, projette l’auditeur dans une nuit brumeuse
toute British fortement ancrée dans l’inconscience collective.
Déprimant ? Pas exactement.
Midlake sait faire voyager sa
musique d’une émotion à une autre sans prendre l’auditeur par
la main et lui tirer les larmes qu’il ne souhaite pas verser.
Ainsi, chacun verra ce qu’il souhaite voir dans
« Winter
Dies » :
la fin de l’hiver ou l’approche du printemps.
C’est
sur ce point que
Midlake excelle. Sa capacité à composer des
chansons proposant différents niveaux de lecture, comme savent le
faire des
Neil Young ou des
Nick Drake. Ici, la guitare acoustique
est souvent emmenée par une flûte mystérieuse, poussée par une
batterie vintage, où la frappe des fûts rappelle parfois Pink Floyd
(
« Small
Mountain »).
Quant à la voix de
Tim Smith, réglée au millimètre, elle oscille
entre plainte contemplative (
« Ruler
Ruling All Things »)
et lyrisme sauvage (
« Core
of Nature »)
et prend toujours le soin de se masquer derrière les arpèges de
guitare ou une section rythmique ronde et chaude.
The
Courage Of Others
est un bel album, imperméable au temps qui passe et aux modes qui
fâchent. Un disque « à écouter au coin du feu » comme
on pourrait le dire sans avoir peur de ce cliché éculé. Seul
bémol, puisqu’il y en a souvent un :
The
Courage of Others
peut s’avérer trop doucereux, et souffrir du revers de sa médaille
en transformant sa cohérence absolue en homogénéité trop
parfaite, lisse et sans risque. Même chez les meilleurs groupes, le
classicisme a ses limites.
Arnaud De Vaubicourt