Les études de droit et de sciences politiques mènent à tout, y compris au show-business et c’est peu avant l'obtention de son diplôme (en 1977) dans ces deux disciplines que l'Australien Peter Garrett (né le 16/4/1953 à Sydney) rejoint en 1976 The Farm, groupe fondé en 1971 et qui devient alors Midnight Oil. Outre son nouveau chanteur, le groupe est composé des trois fondateurs de The Farm, Jim Moginie (guitare), Rob Hirst (batterie) et Andrew James (basse), ainsi que de Martin Rotsey (guitare), qui rejoint le groupe en 1977.
Plus socialistes qu’écologistes au sens strict du terme, le groupe, sous l’impulsion de Garrett est politiquement très proche des idées travaillistes et c’est en animant quelques-unes des grandes manifestations du Labor Party australien ou en se produisant devant les ouvriers en grève dans les usines que Midnight Oil trouve son premier public. Se radicalisant de plus en plus, le quintette évolue vers un rock assez dur, influencé par le punk et se voit jeté de toutes les maisons de disques auxquelles il propose des démos. Créant leur propre structure d’édition en 1978, ils enregistrent leur premier album homonyme : Midnight Oil.
Paix verte
Toujours militant, Midnight Oil joue pour Greenpeace à des rassemblements anti-nucléaires ou dans les prisons. Déjà, la personnalité de Peter Garrett, assortie à son impressionnant physique, cannibalise la scène et son aura éclipse quelque peu celle de ses compagnons de scène à l’exception de Moginie qui réussit à imposer son style derrière sa guitare.
« Cold, Cold Change », sur l’album Head Injuries, est le premier titre qui fait connaître le groupe en dehors des frontières australiennes. Cela ne suffit cependant pas à donner à Midnight Oil une aura internationale, car le succès de ce titre ne sera pas renouvelé avant quelques années avec le carton planétaire de « Beds Are Burning » (1987). Par ailleurs, à l'époque, l’écologie n’est pas encore une valeur à la mode dans le monde occidental et reste confinée à quelques petits cercles ou à un certain effet de mode.
Les ritournelles gentiment écologiques de ces kangourous du bout du monde ne séduisent pas vraiment un large public aux Etats-Unis et en Europe, d’autant que, musicalement, Midnight Oil reste assez basique. En revanche, en Australie, le succès de leurs albums Bird Noises en 1980, puis Place Without a Postcard l’année suivante, ne se dément pas et Midnight Oil devient l’une des valeurs montantes (et sûres) de la scène rock locale, au côté d’INXS. C’est à partir de 1982 que la formation change quelque peu et varie son registre en intégrant, notamment, le son des synthétiseurs dans ses compositions sous l’impulsion de Jim Moginie. Ce dernier abandonnant la guitare pour les claviers, Martin Rotsey (qui n’était jusqu’à présent que le second guitariste du groupe) passe au premier plan, d’autant que son jeu entre en résonance avec celui du bassiste Peter Gifford, venu remplacer Andrew James en 1980.
Under the Sunset
L’album 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, 0 (1982) marque les débuts de la carrière internationale de Midnight Oil, qui place le sauvetage des espèces menacées et les revendications anti-nucléaires au sommet de ses préoccupations. L’écologie, que le groupe australien porte en guise d’étendard, devient sa principale source de médiatisation, d’autant que ses albums ne sont guère distribués dans certains pays nucléarisés (comme les Etats-Unis), où Midnight Oil est même boycotté de manière officielle. En dépit de ces décisions, le marché des imports fonctionne à merveille et très bientôt, le public américain peut se déhancher de façon conscientisée sur les refrains écolo-compatibles de la formation australienne.
Leur plus gros succès à l’étranger reste le Royaume-Uni, où les thèmes portés par Midnight Oil trouvent un écho très important au sein d’une jeunesse britannique qui a manqué la vague punk et ne se retrouve ni dans la pop ni dans la new-wave. De 1982 à 1984, Midnight Oil lève le pied sur son activité musicale, car Peter Garrett a des ambitions politiques.