C’est à Chypre que naît Moshé Michaël Brand Sela. Ses parents, juifs originaires respectivement de Russie (son père) et de Pologne (sa mère) sont alors en route pour la Palestine, qui deviendra bientôt Israël. Bloqués sur l’île de Chypre par l’armée anglaise, les époux Brand logent de longs mois dans un camp de réfugiés : c’est donc à Famagouste (district de Nicosie, Chypre) que le futur Mike Brant voit le jour, dans un hôpital de fortune, le 1er février 1947.
« Vedette… ou clochard »
Au mois de septembre de la même année, la famille débarque enfin à Haïfa, avant de s’installer dans un kibboutz en Galilée. Les Brand reviennent ensuite à Haïfa, où Moshé grandit. L’enfant met longtemps à marcher et plus encore à parler : durant les quatre ou cinq premières années de sa vie, Moshé Brand est muet, avant de prononcer enfin ses premiers mots, pour réclamer une glace. Comme pour rattraper le temps perdu, il donne rapidement de la voix dans une chorale de synagogue dont il est le seul garçon ; sa sensibilité artistique s’exprime également à travers le dessin, qu’il pratique beaucoup. Le garçon suit une scolarité quelque peu erratique et montre déjà un tempérament très angoissé, qui lui vaut un ulcère à l’estomac dès son adolescence.
N’aimant pas les airs d’opéra qu’on lui fait interpréter, Moshé arrête de chanter à la chorale : avec son frère cadet Zvi, accordéoniste, il monte un duo, Les Chocolates, qui se produit dans des hôtels et des boîtes de nuit en reprenant des standards pop rock que le jeune chanteur, maîtrisant peu l’anglais, interprète phonétiquement. Afin d’être crédible en « vedette américaine », il adopte le prénom de Mike, jugé plus sexy que Moshé. Déjà très séduisant – et, selon la légende, très convoité par la gent féminine – le jeune homme est mis en avant sur les conseils d’un patron de night-club, le groupe devenant Michaël Sela et les Chocolates. Toujours hypersensible et pris de passion pour sa carrière musicale, Mike affirme à sa famille qu’il se voit devenir « vedette… ou clochard ». Il fait sa première rencontre importante en la présence du directeur de revue Jonathan Karmon, pape du music-hall israélien. Conquis par la prestance du jeunot, Karmon l’emmène avec sa troupe pour une tournée aux Etats-Unis et en Afrique du Sud. Bien qu’éprouvé par le décès de son père, Moshé Brand profite de cette opportunité pour se perfectionner et mieux se familiariser avec le monde du spectacle.
Le tombeur de ces dames
Jean Renard prend en main la carrière de Mike Brand, change son nom en Brant (Brand pouvant rappeler une marque d’électroménager) et recompose le look de pied en cape : pantalon à pattes d’éléphant, chemise de satin entrouverte sur le torse, Mike Brant devient un véritable archétype de la mode seventies. Le chanteur étant encore rétif à la langue française – qu’il finira par maîtriser –, l’enregistrement de « Laisse-moi t’aimer » est particulièrement laborieux : il faut 260 séances à Mike Brant, cornaqué par Jean Renard et Jean-Claude Vannier, pour parvenir à mettre en boîte son premier 45-tours. C’est au réveillon 1969-70 que le public français fait à la télévision la connaissance de Mike Brant. Favorablement accueilli par les plus grands animateurs-producteurs français de l’époque (Jacques Martin, Philippe Bouvard, Guy Lux…), le chanteur multiplie les passages sur les ondes, gagnant le cœur du public avec « Laisse-moi t’aimer », qui sort en février 1970. Mike Brant enchaîne la même année avec deux autres 45-tours : « Un grand bonheur » et « Mais dans la lumière », cette dernière chanson lui valant le Grand Prix RTL International.
Le chanteur passe alors régulièrement sur les ondes de la radio, la grande patronne des variétés de la station, Monique Le Marcis, l’appréciant particulièrement. Devenu l’ami de Dalida et de Charles Aznavour, régulièrement invité chez Guy Lux et les Carpentier, Mike Brant est désormais la coqueluche du public français, qui apprécie particulièrement sa voix chaude, grave et sensuelle, et la pointe d’accent perceptible dans ses chansons. En Israël, les disques de l’enfant du pays font également sensation. Mike Brant enregistre des versions de ses chansons en allemand et en italien. Le 14 février 1971, alors que son succès prend de plus en plus d’ampleur, Mike Brant est victime d’un accident de voiture et s’en sort avec un traumatisme crânien. Pour désagréable qu’elle puisse être, cette histoire contribue à la notoriété de Mike Brant : Jean Renard prend des photos de son poulain sur son lit d’hôpital et les vend à France Soir, qui fait courir le bruit – infondé – que la nouvelle idole des jeunes serait devenue amnésique.