Le groupe
Mogwai se forme en 1995 sous la houlette du guitariste
Stuart Braithwaite. Afin de faire paraître leurs premiers singles, les membres du groupe créent alors leur propre label Rock Action (en référence à
Scott Asheton, batteur des Stooges, qui se faisait appeler Rock ou Rock Action lors de l’ultime et désastreuse tournée du groupe). Ainsi, paraissent en 1996
« Tuner/Lower »,
« Angels vs Aliens » et
« Summer », qui annoncent avec force le son
Mogwai.
En 1997 ils font paraître
Ten Rapid, une compilation de ces premiers singles qui leur permet de dépasser le cercle fermé des premiers fans et de se faire connaître. Le public découvre alors un groupe totalement innovant qui joue à la frontière entre bruit et mélodie, entre furie et symphonie. Le groupe s’exprime peu. Il propose sa vision de la musique avec une rare intransigeance esthétique. Pour les membres du groupe la musique doit être ressentie dans les tripes et faire appel aux sens.
Post-rockLorsque paraît en 1997 un premier vrai album,
Young Team (sur le label Chemikal Underground), l’effet de surprise est total et le groupe si novateur que l’on a du mal à le classifier. Il fait alors preuve d’une rare maturité. Guitares rugissantes, mais ambiances sophistiquées ; les guitares tourbillonnent et s’entrelacent pour une montée en puissance jusqu’aux limites du possible, avec larsens et distorsion maximale, puis retour au calme. Selon leurs propres termes ils créent une « musique sérieuse à guitares ». La presse va rapidement estampiller post-rock leur musique expérimentale à guitare, à l’image de
Tortoise,
Labradford ou Aerial M. Et, même s’ils se disent plus rock que la plupart des groupes, ils admettent sentir des affinités avec nombre de collectifs affiliés au mouvement.
Lentement le groupe va muter sans pour autant renier sa marque de fabrique. L’alternance de vacarme savamment orchestré et de plages d'accalmie va devenir plus subtile, moins évidente et radicale. En 1999, avec l'album
Come On Die Young, le groupe échafaude des montées de tension lentes et progressives, des oppositions moins tranchées : « Il y a davantage de progression et de calme sur ce disque, certains morceaux comme
« Ex-Cowboy », peuvent prendre de l’intensité, atteindre des pics sonores assez élevés, mais l’ascension se fait de manière beaucoup plus graduelle… On s’est concentré sur la texture de la musique, son épaisseur, sa densité, plutôt que sur sa linéarité ou ses accidents de parcours », déclare alors l'un des membres.
L’album fait clairement référence à
Iggy Pop et aux origines punk du groupe. Si
Mogwai ne sonne pas comme un groupe punk, il « ne fait pas de la musique pour étudiants des Beaux-Arts ». C’est aussi ce que rappelait alors Stuart Leslie Braithwaite : « Il y a dans ce que nous faisons un côté animal, spontané que nous n’abandonnerions pour rien au monde ».
En 2001 paraît
Rock Action, un album étonnamment plus pop et moins violent comprenant même certains morceaux acoustiques justifiés par les membres du groupe par leur goût pour le country-blues de
Skip James ou
Robert Johnson. Mais l’album n’est pas au niveau du précédent et déçoit les fans.
Musique monstreLa sortie de
Happy Songs for Happy People, en 2003, voit le groupe revenir aux guitares saturées poussées au larsen de leurs débuts. Et si cet album ne représente pas une nouveauté ou une avancée par rapport aux précédents disques, il démontre que
Mogwai parfaitement son style. « Beaucoup de groupes jouent leurs chansons toujours de la même manière. Nous, nous essayons autant que possible de donner chaque fois des versions différentes de chaque morceau. Nous sommes assez bons musiciens pour que cela conserve un intérêt … ». On note toutefois sur ce disque l’apparition de sonorités électroniques nouvelles.
Malgré ce nouveau disque, les années 2004-2005 sont celles des interrogations pour
Mogwai et des doutes parmi les adeptes du groupe. On s’interroge alors sur leur capacité à vieillir, à « ne pas devenir qu’un « simple
tribute band instrumental à
The Cure ». La parution en 2005 de la rétrospective des Peel Sessions
Government Commissions – BBC Sessions 1996-2003 rappele à ceux qui douteraient de la capacité du groupe à évoluer, que le parcours des Ecossais, intègres et fidèles à leur credo et à leur foi dans la musique, leur a permis de produire des prestations intenses et qu’ils maîtrisent mieux que personne l’exercice
live.
Une bête douéeL’année 2006 est une année particulièrement féconde pour le groupe.