Ringleader of the tormentors
Si l’on n’en considère que les contours extérieurs, Ringleader of the Tormentors semble être le digne successeur de You are the quarry, voire même son clone : même pochette au second degré affirmé, mêmes attaques anti-George W. Bush dans le titre d’ouverture, même morceau final au texte mystérieux et à la construction alambiquée.
Pourtant, les deux disques sont bien différents, voire radicalement opposés, pour peu que l’on en examine le contenu. Ringleader of the Tormentors est en effet aussi tortueux, sombre et introspectif que son prédecesseur était limpide, lumineux et extraverti. Certains observateurs ont vu une corrélation entre ce changement d’humeur musicale et l’installation de Morrissey à Rome, après neuf ans passés à Los Angeles ; l’identité américaine de You are the quarry s’opposerait ainsi au caractère éminemment européen de son successeur. D’autres ont attribué ce tournant à des bouleversements importants survenus dans la vie privée du chanteur, et n’ont pas manqué d’exprimer leur surprise devant la manière peu équivoque dont les textes de Ringleader of the Tormentors illustraient ces changements – ainsi donc, Morrissey aurait, quelle surprise, une vie sexuelle active...
Sans remettre en cause le bien-fondé de ces analyses, on préférera plutôt avancer que la raison principale de la nouvelle orientation musicale de Morrissey tient en fait en deux mots : Tony Visconti. Producteur de nombre d’albums importants (pour Bowie en particulier), il est la grande affaire de ce nouvel album, aiguisant les morceaux les plus évidents pour mieux les mettre en valeur ( « In the future when all’s well »), nimbant les plus complexes d’un halo de mystère supplémentaire (le grandiose « Life is a pigsty »), et plaçant partout ailleurs une myriade de petits détails sonores qui font la différence (une trompette illuminant le final du classiquement rock « I just want to see the boy happy », un choeur d’enfants faisant basculer le costaud « The youngest was the most loved » dans le registre de l’émotion...).
Au final, quelles qu’en soient les raisons, un seul constat s’impose : si ce disque aux textures riches nécessite une écoute plus attentive que You are the quarry, il n’est pas certain pour autant que l’auditeur en retire moins de plaisir. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter « Dear God, please help me », sublime complainte où, sur des arrangements de cordes signés Ennio Morricone, Morrissey tutoie littéralement les anges - lesquels, c’est bien connu, n’ont pas de sexe. La boucle est donc ainsi bouclée.
Thibaut Losson
Titres de Ringleader of the tormentors
1
I will see you in far off places
00:04:13
2
Dear God please help me
00:05:51
3
You have killed me
00:03:08
4
The youngest was the most loved
00:02:59
5
In the future when all s well
00:03:54
6
The father who must be killed
00:03:53
7
Life is a pigsty
00:07:22
8
I ll never be anybody s hero now
00:04:14
9
On the streets I ran
00:03:51
10
To me you are a work of art
00:04:01
11
I just want to see the boy happy
00:02:59
12
At last I am born
00:03:33
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| 2005 |
CD |
Attack/Sanctuary |
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