Né le 5 mars 1946 au cœur d’une ville de Londres encore ravagée par les séquelles des bombardements allemands, Murray Seafield Saint-George Head, fils d’une actrice et d’un producteur de documentaires, avait toutes les cartes en main pour se destiner à une carrière dans le milieu du spectacle. Scolarisé toute sa jeunesse au lycée français de Londres, ce qui développe chez lui un goût pour l’Hexagone et sa culture, il suit également des cours de théâtre et de musique, s’intéressant aux deux branches artistiques dans lesquelles il s’épanouira plus tard.
Premiers tournages
Dès l’âge de 17 ans, il signe un contrat pour quelques titres avec EMI, alors l’une des maisons de disques majeures de la nouvelle scène britannique. Mais, en dépit de ce début de carrière qui s’annonçait sous les meilleurs auspices musicaux, c’est plutôt devant la caméra qu’il fait ses premiers pas en 1966, pour les besoins de The Family Way. Une petite prestation, cependant remarquée, puisqu’elle lui ouvre par la suite les portes de deux autres productions majeures : Sunday, Bloody Sunday, (1971) de John Schlesinger (traduit maladroitement Un dimanche comme les autres, en VF, le film fait grand bruit par sa description d’un rapport homosexuel) et Jesus Christ Superstar d’Andrew Lloyd Weber et Tim Rice. S’il ne participe pas directement à la comédie musicale jouée à Broadway ou à l’adaptation cinéma de 1973, c’est cependant lui qui prête sa voix à Judas sur l’album qui paraît en 1970. Il participe par ailleurs à l’écriture de certains morceaux de cette comédie musicale biblico-hippie.
Mandarine, base-ball et stakhanovisme
Bilingue et capable de jouer en français, Murray Head se voit proposer en 1972 un rôle dans le film d’Edouard Molinaro, La Mandarine. Une collaboration qui sera loin d’être la dernière avec ce réalisateur. Sur d’autres fronts, le concept-album Nigel Lived, narrant au fil des titres l’ascension, la déchéance et la chute d’une jeune star du show-business ne marque guère les esprits. Il lui faut attendre 1975 pour que « Say I Ain’t So, Joe », là encore dédié à une star culminante, puis déchue (le joueur de base-ball Joe Jackson à qui le titre de l’album fait explicitement référence) pour que Murray Head rencontre le succès. C’est d’ailleurs l’un de ses rares vrais tubes dans sa Grande-Bretagne natale, le reste du monde – et notamment la France – étant plus accueillant envers son talent. Désormais produit par Islands Records, il peut se lancer sereinement dans l’écriture et l’interprétation de son répertoire avec un rythme de stakhanoviste. Les albums Voices, Find The Crowd, Shade et Restless sortent entre 1981 et 1984 à intervalle régulier. Par ailleurs, obnubilé par sa carrière musicale, on ne le voit plus guère au cinéma entre 1975 et 1984 (à l’exception d’une participation à El Poder del Deseo de Juan Antonio Bardem et au graveleux Madame Claude de Just Jaeckin).
Chess on Broadway
En 1984, Murray Head retrouve Tim Rice pour un projet de comédie musicale majeure : Chess, spectacle original de production britannique tournant autour d’une histoire de transfuge entre l’Est et l’Ouest sur fond de championnat d’échecs international. Contacté pour composer les musiques de l’album et prêter sa voix au personnage de l’arrogant joueur d’échec américain Freddie Trumper (quelque peu inspiré du très réel Bobby Fischer), Murray Head est à l’origine du tube « One Night in Bangkok », qui marque à la fois l’album, la comédie musicale de Broadway et toutes les adaptations futures de cet opéra-rock. Renouant avec le grand écran, il est présent au générique de Sur la Route de Nairobi (1987) de Michael Radford. Tout en continuant d’écrire des albums sous son nom propre (Sooner or Later, 1987), sa créativité musicale est également sollicitée par le cinéma pour la composition de bandes originales. Outre Un Été d’orage de Charlotte Brandstorm (1989 - dans lequel il joue également), il retrouve Edouard Molinaro pour les besoins de Pour cent briques, t’as plus rien (1982) et A gauche, en sortant de l’ascenseur (1988). Certes pas les meilleurs Molinaro, mais le travail de Murray Head reste aussi impeccable que professionnel.
De Beaumarchais à Musset, en passant par l’Irlande
Après avoir sorti Wave en 1992, c’est vers le Québec qu’il se tourne : il y connaît un succès, avec des chansons aux paroles signées Luc Plamondon, complice avec qui il signera plus tard une comédie musicale.