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La Légende Musique classique

Malgré quelques égarements sémantiques (tendant à accréditer que le genre détermine toute musique interprétée dans une église, et en costume), la musique classique se définit comme la musique occidentale savante, composée de la Renaissance (avant, on peut parler de musique ancienne), jusqu’au romantisme du début du XIXème siècle (on évoquera ensuite la musique contemporaine). D’autres abus tendraient à lui attribuer la faculté d’être apprise, et reproduite, ce qui est abusif, et anachronique (la notion de postérité n’intervenant qu’à partir du XIXème siècle).

Certains musicologues définissent aujourd’hui la musique classique comme celle composée entre la disparition de Jean-Sébastien Bach (1750), et le XIXème siècle. D’autres critiques, hexagonaux ceux-là, considèrent plutôt la musique classique française comme élaborée entre 1600 et 1764 (c’est-à-dire la mort de Rameau).

Cette classification exclut a priori tout emprunt au répertoire populaire traditionnel, ainsi qu’aux musiques extra-européennes, ce qui est naturellement en contradiction ouverte avec les citations de maints compositeurs (Antonín Dvorák et ses racines tchèques, Modeste Moussorgski et les emprunts au folklore slave, Isaac Albéniz et l’héritage ibérique, sans faire mention des Polonaises de Chopin, ou du jazz présent dans les œuvres de Gershwin, ou Ravel), ou les emprunts génériques (la musique des troubadours, ferment, à l’instant de la musique baroque, de la musique de la Renaissance). De même, et en souci de réciprocité, la musique classique sait influencer le hard rock, la pop, ou d’autres expressions locataires des hit-parades.

On préfèrera donc une classification doublement fonctionnelle : contrairement à l’artiste populaire (généralement auteur, compositeur, et interprète, ou tout du moins créateur à destination d’un interprète précis), la musique classique bénéficie de compositeurs et d’interprètes distincts. Partant, il y a là constitution d’un répertoire, riche d’œuvres, sensées survivre aux outrages du temps : c’est ce catalogue d’œuvres répertoriées qui parvient jusqu’à nous, dans l’illusion de l’immortalité (en opposition à la musique vulgaire, qu’on estime hâtivement périssable). La mémoire collective (et certains refrains populaires qui résonnent depuis des siècles à nos oreilles) démontre l’inanité de cette évaluation. De même, certains interprètes de chansons du répertoire de la variété contredisent le diagnostic. La seconde fonctionnalité de la musique classique réside dans le fait que, même si certaines pièces sont aujourd’hui saluées comme d’authentiques chefs d’œuvre, elles ont été parfois composées pour régler l’échéance d’un terme, ou une note de blanchisserie, ou pour s’attirer les bonnes grâces d’un quelconque mécène. En ce sens, peu de compositeurs du XVIIIème siècle estimaient, à l’instant du remplissage de la partition blanche, entrer dans l’histoire.
La musique baroque (du portugais barrocco, perles aux formes irrégulières), caractérisée par la prédominance du contrepoint, et la richesse de l’harmonie, domine au XVIIème siècle un processus de création où s’illustrent des compositeurs comme Claudio Monteverdi. Elle s’accompagne d’un style d’écriture nouveau, ainsi que de la création de nouvelles formes vocales (oratorio, opéra…) et instrumentales (sonate, concerto…).

Jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, alors que Vivaldi règne sur Venise, les compositeurs majeurs de musique classique sont Jean-Philippe Rameau (Les Indes Galantes-1735), Johan-Sébastien Bach (Les Six Concertos Brandebourgeois), ou Joseph Haydn (oratorio dit de La Création), et naturellement, le plus célèbre d’entre tous, Wolfgang Amadeus Mozart. Codifiant les formes du baroque, la musique se décline également en symphonies et concertos pour solistes.

Dernier représentant du classicisme viennois, et avant-garde incarnée du romantisme, Ludwig Van Beethoven reste emblématique de la musique classique du début du XIXème siècle. Son extrême modernité s’exprime dans tous les registres de composition : évoquer ses Symphonies ne doit pas faire oublier son apport considérable dans le domaine de la musique de chambre, ou les pièces pour piano. Beethoven concourt également au développement de l’opéra en Allemagne, dont le maître italien reste Rossini, alors que la France développe l’opéra comique, et que l’Autriche se livre à la dynastie Strauss.

La musique classique subit ensuite l’influence déterminante de l’Allemand Richard Wagner (la Tétralogie), dont l’œuvre influence les arts plastiques, le théâtre, et la poésie.

Le XIXème siècle ayant décidé d’être moderniste ou de ne pas être, la musique classique y devient militante, affirmant une identité culturelle, ethnique, impérialiste, ou révoltée. Les Danses Hongroises de Johannes Brahms, certaines pages de Sergueï Rachmaninov, ou la Norvège idéalisée d’Edvard Grieg témoignent de ce militantisme culturel. Dérivée de l’opéra-bouffe, l’opérette bénéficie, sous l’impulsion de Jacques Offenbach, d’un immense succès en France.
Au XXème siècle, la musique classique est marquée par divers courants européens (impressionnisme, dodécaphonisme, musique atonale), et des compositeurs proches du dadaïsme (Igor Stravinsky, Erik Satie), ou du cubisme (Darius Milhaud).

Inépuisable flot de richesses sonores, la musique classique, qu’on a trop longtemps confondu avec une musique de classe, embrasse désormais, à travers des centaines de compositeurs, et des milliers d’œuvres, tous les plaisirs de la découverte, de la sensibilité, et de l’émotion. De la musique d’avant-garde à l’art vocal, de la musique pour ballet aux symphonies, de la musique de chambre à l’opéra, et de la musique chorale au concerto, les facettes qu’elle déroule sont innombrables.

Christian Larrède