Alors que la France pompidolienne s’endormait doucement à l’aune des années 70, bercée doucement par les flonflons ronflants d’un rock « yéyé », mauvaise caricature de ce qui était d’ores et déjà jugé comme has-been de l’autre côté de l’Atlantique, et noyée dans une soupe disco mâtinée de glam, d’étranges riffs de guitares et quelques hurlements nasillards venus de la Perfide Albion commencèrent timidement à envahir les tournes-disques des ados hexagonaux. Dans le même temps, d’étranges créatures dégingandées, aux coupes de cheveux improbables et nanties d’épingles à nourrices en guise de colifichets s’affichaient sur les murs de ces mêmes teen-agers. Loin des « apaches », des « zazous », et autres « blousons noirs », ces nouveaux venus sur la scène de la contre-culture se font appeler « ponques » et portent les noms étranges de « Sex Pistols », « The Clash » ou encore « The Jam ». Loin des excès visuels des hard-rockeurs façon Alice Cooper qui transformaient leurs prestations scéniques en shows délirants et grand-guignolesques, ces musiciens nihilistes d’un genre nouveau séduisirent quelques fuckin’froggies qui se dirent que si les angliches y arrivaient, pourquoi pas eux ? C’est ainsi que dès 1975-76, plusieurs petites formations franco-françaises émergèrent des caves des immeubles de la grande périphérie parisienne pour se produire sur les scènes underground parisiennes.
Asphalt Jungle, Métal Urbain, Taxi Girl furent les noms de quelques-uns ces pionniers désormais canoniques. Peu sensibles à ces braillards, les maisons de disques ne s’intéressèrent guère à ce mouvement et seuls quelques 45 tours sortirent pendant la fin de la décennie 70. En revanche, une certaine presse s’estima en phase avec ce nouveau mouvement musical et politique et lui fit un large relais. Actuel, Nova, Rock & Folk, l’Echo des Savanes et Best furent quelques-uns des titres qui se penchèrent sur le phénomène et contribuèrent à son développement. Par ailleurs, ce mariage de raison entre une presse urbano-branchouille et ce nouveau courant musical fut à l’origine d’une originalité hexagonale, à savoir la création d’un « dandysme punk », fréquentant davantage le Palace que les squats et les caves. Le journaliste et écrivain Alain Pacadis, le chanteur et guitariste (devenu ensuite écrivain et chroniqueur dans ces mêmes magazines), ou le futur romancier Daniel Darc illustrèrent bien cette alliance (contre nature diront certains) entre rébellion punk et dandysme assumé.
Le 21 Août 1977, le premier festival consacré à la musique punk est organisé à Mont-de-Marsan et rencontre un certain succès. Désormais, ce courant musical commence à se démocratiser et surtout, à se diversifier, s’affranchissant des « règles » du genre anglo-saxon pour créer une production franco-française qui s’illustrera, au contraire de sa grande sœur britannique, par un éclectisme marqué par des références diverses, qu’elles soient régionalistes, culturelles, ou encore marquées par les instruments traditionnels.
Etonnement, alors que la vague punk va refluer en Grande-Bretagne au cours de la décennie 80 pour laisser place à la New-Wave, elle va connaître un second souffle en France, avec la radicalisation politique de certains groupes tels les Béruriers Noirs, les Vampires, les Cadavres, Oberkampf ou Vatican ne cachant guère leur proximité idéologique avec les anarchistes de la CNT ou de la Fédération Anarchiste, là où les britanniques étaient davantage dans la pose No Future, que dans l’action politique à proprement parler.
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