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La Légende Rap



La musique urbaine

L’appellation « Urbaine » est une spécificité américaine, qui recouvre tout ce qui a trait à la population afro-américaine, traditionnellement installée dans les centres-villes, alors que les populations blanches et les classes moyennes vivent dans des pavillons, dans les suburbs. C’est donc l’exact opposé de notre définition, où les cultures urbaines sont des cultures « de banlieue » tandis que les centres-villes sont plutôt le territoire des classes plus aisées.

Ce distingo posé, on a commencé à parler de « musiques urbaines » avec l’avènement du rap, au tournant des années 80, quand la culture hip-hop a déferlé sur le monde. En imposant une nouvelle façon de faire de la musique, sans instruments, mais en piochant dans la Grande Bibliothèque du son, avec platines tout d’abord, samplers par la suite, le rap a totalement révolutionné la donne. On a trop souvent tendance, aux débuts de cette aventure, à ne considérer que l’aspect « message » du genre. À focaliser toute l’attention sur les paroles, et cette façon, révolutionnaire elle aussi, de ne plus « chanter », mais de « réciter » les mots, remplaçant la mélodie par le flow, ce caractère unique qui fait le style d’un rappeur, et qui réside tout entier dans son phrasé, son rythme interne, sa façon de moduler les vers.

Une fois les bases posées par les pionniers new-yorkais, et les premiers feux jetés à la face du monde par The Sugarhill Gang (« Rapper’s Delight ») ou Grandmaster Flash (« The Message », « White Lines »), l’âge d’or de la musique urbaine débute avec les années 80, principalement popularisée par le label Def Jam, qui de LL Cool J à Public Enemy, dicte la loi du genre. New York va régner sur la musique urbaine et le rap durant quelques années, avec Nas, Busta Rhymes, De La Soul et A Tribe Called Quest qui revitalisent le genre en le rendant plus créatif que rebelle, puis P. Diddy transforme en platine le génie de la rime sanglante, The Notorious B.I.G., tandis que Jay-Z finira par devenir le patron du style avec sa théorie d’albums à succès international, avant que 50 Cent ne vienne récupérer la mise avec son rap hollywoodien.

Au début des années 90, à Los Angeles, le combo dangereux N.W.A. (Niggers With Attitude) invente le « gangsta rap », en mariant une couleur funky accrue et des paroles qui revendiquent haut et fort la marge et l’illégalité des enfants du ghetto et des gangs. Avec Snoop Dogg bientôt érigé en modèle insurpassable, et les productions savantes et efficaces de Dr. Dre, le style gangsta essaime, avant d’être revitalisé dans les années 2000 par les rappeurs du Sud (New Orleans, Houston, Atlanta) qui triomphent avec les artistes du label No Limit de Master P, puis ceux de Cash Money Records (Lil' Wayne), mais aussi T.I., et tant d’autres.

La musique urbaine, dans ses premières années, est essentiellement le fait du rap. Le R&B est encore un style considéré comme « adulte », avec des chanteuses comme Whitney Houston, des divas en robes longues ou des crooners en smoking qui font l’ordinaire des parents de ceux qui écoutent du rap. Là aussi, le schéma va être bouleversé par des défricheurs. Les prémices sont esquissées par le New Jack Swing, qui infuse le R&B dans les sons synthétiques, sous la houlette de Teddy Riley, avec les groupes Guy et Blackstreet. Puis Puff Daddy découvre Mary J. Blige, une adolescente de Yonkers, un quartier de New York, qui chante comme une Aretha Franklin et vit comme une fille de gang, entre bagarres, vols et drogues. Mary J. Blige, vite nommée The Queen of Hip Hop Soul, est la première à mêler les mélodies du R&B avec un son produit exactement comme le rap. À sa suite, elles seront des centaines, en solo ou en groupes (Destiny’s Child), à creuser ce sillon qui devient la musique populaire de l’époque. En parallèle, alors qu’il était mal vu pour les rappeurs purs et durs des années 80 de se frotter au R&B, les deux genres se fréquentent de plus en plus : les rappeurs convient chanteurs et chanteuses à décorer leurs raps de refrains chantés, qui les font plus facilement passer en radio, tandis que les chanteurs peuplent leurs albums de featurings de rappeurs, pour se donner le côté street qui convient au moment et aux désirs du public teenager.

Au fil du temps, des producteurs (c’est-à-dire des compositeurs arrangeurs) de génie vont marquer de leur sceau l’essentiel des disques du moment, après P. Diddy et son écurie dans les années 90, les années 2000 sont celles de Timbaland et des The Neptunes, qui fournissent des tubes en série à toutes les stars du rap et du r&b. L’héritage de la soul d’Otis Redding, du funk de James Brown, du rhythm & blues de Stax Records ou Tamla Motown a été travaillé, pour faire de la musique afro-américaine la musique majeure de l’époque, celle dont la popularité a quasi détrôné le rock et la pop.

Jean-Eric Perrin

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