Issu du hip-hop, dont il est d’abord une version instrumentale et ralentie, le trip-hop devient l’un des genres musicaux majeurs des années 1990. Apparu tout d’abord dans les clubs londoniens, il doit sa notoriété à la très active scène musicale de Bristol, principalement représentée par les fers de lance Massive Attack, Portishead et Tricky. Après un âge d’or s’étirant de 1991 à 1998 (atteignant un pic de créativité en 1994-1995), le genre s’édulcore et se diversifie peu à peu. Et si la popularité du genre, au début des années 2000, est nettement retombée, le trip-hop se survit dans des métissages nouveaux (rock, pop ou electro, notamment) avec des artistes aussi divers que Björk, Gorillaz, Archive, Death In Vegas, Air… ou à travers la vogue de la musique d’ambiance (dite « lounge music »), diffusée dans les bars branchés.
C’est le journaliste anglais Andy Pemberton, qui le premier, en juin 1994, emploie dans le magazine anglais
Mixmag le terme de « trip-hop », pour qualifier cette nouvelle forme de hip-hop instrumental en vogue dans les clubs londoniens. Il présente le californien DJ Shadow comme le véritable pionnier du genre. Sorti en 1993 par le label londonien Mo’Wax, son maxi 45-tours «
In/Flux » entraîne le hip-hop vers des territoires jusqu’alors inexplorés, en ralentissant le tempo et / ou supprimant certains passages parlés.
Dans son sillage émerge une scène basée à Londres, gravitant autour des labels Ninja Tunes, Mo’Wax et Wall Of Sound, au sein desquels s’illustrent des artistes internationaux tels que le Japonais DJ Krush, le Russe DJ Vadim ou les Britanniques Funki Porcini et DJ Food (groupe au sein duquel officient Matt Black et Jonathan More, qui forment par ailleurs le duo Coldcut) ou encore le duo français La Funk Mob, qui deviendra Cassius par la suite. Etiquetée « trip-hop » par la presse, la plupart d’entre eux se revendiquent pourtant davantage du hip-hop, n’accordant que peu de crédit à cette nouvelle appellation. On retrouve en effet dans leurs disques les caractéristiques formelles du hip-hop (breaks de batterie, ligne de basse prépondérante, utilisation de samples et scratches), avec comme particularité un tempo très ralenti et une prédilection pour les atmosphères sombres et cinématographiques. Le gratin du genre est réuni sur la compilation d’anthologie
Headz, parue en 1994 sur Mo’Wax.
Contrairement à la légende, le terme « trip-hop » n’est donc pas apparu avec Massive Attack. Il serait donc erroné de l’assimiler à la seule scène de Bristol, en dépit de sa contribution et des albums qu’elle a initié. Le son très particulier créé par les musiciens-sampleurs de cette ville est né au cours des années 80 dans les sound-systems qui animaient les nuits de Saint-Paul, son quartier jamaïcain. Parmi les différents collectifs qui s’y produisaient, Smith & Mighty et surtout The Wild Bunch furent les premiers à brasser les musiques des différentes communautés, osant la rencontre du hip-hop, du reggae, de la soul et du punk. Ce terreau fertile permet l’explosion de très nombreux talents lorsque Wild Bunch disparaît à la fin des années 80 : trois de ses membres, 3D, Daddy G et Mushroom, formeent Massive Attack, groupe auquel resteront associés pendant quelques années leurs anciens partenaires, le chanteur Tricky et le producteur Nellee Hooper.
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