C’est à Compton, l’un des pires ghettos de Los Angeles qu’Eazy-E, dealer de crack notoire et entrepreneur inné décide d’investir les bénéfices de son commerce illégal dans un label de disque. Il fonde Ruthless Records, aidé par Jerry Heller, un personnage qu’on ne s’attend pas trouver dans ces territoires : juif, blanc, né en 1940, il a un passé conséquent dans le monde de la musique, ayant managé des dizaines d’artistes du calibre de Creedence Clearwater Revival ou Crosby, Stills & Nash ! Eazy-E, qui n’a qu’un talent limité pour le rap, se lance néanmoins dans la carrière, en réunissant autour de lui quelques personnalités comme Dr. Dre (Andre Young, né en 1965), producteur de génie et membre du World Class Wreckin Crew (un groupe post-funk), Ice Cube (O'Shea Jackson, né en 1969), étudiant mais rappeur né et auteur brillant, ainsi que quelques autres.
G(angsta) Funk
Le groupe Niggaz With Attitude est un peu informel, comme N.W.A & the Posse (1987), un premier album auquel participent, outre N.W.A, Eazy-E en solo, The Fila Fresh Crew et Ron-De-Vu. Distribué par l’indépendant Macola Records, l’album fourre-tout délimite déjà le territoire de N.W.A : une agressivité réelle, un son pas encore abouti, mais qui porte les prémices du G-Funk, signature musicale de Dr. Dre, et une narration sans complexe de l’univers des gangs, à travers « Dopeman », « 8 Ball » ou le « Boys-n-tha-Hood », écrit par Ice Cube pour Eazy-E. L’album « brouillon » de N.W.A finira Disque d’or.
À la suite de cet essai remarqué, MC Ren rejoint Ice Cube, Eazy-E, Dr. Dre, Arabian Prince et DJ Yella et le combo accouche de Straight Outta Compton, un brûlot qui sera aussitôt censuré sur de nombreuses ondes. L’album est cette fois entièrement signé Dr. Dre / DJ Yella et établit les canons du son gangsta : des samples de Funkadelic, James Brown, Kool & the Gang ou encore Roy Ayers construisent une fondation fondamentalement funky, où l’on remarque des instruments « joués », comme la basse, alors que le hip hop jusque-là reposait surtout sur les samples.
Avec « F*ck tha Police », « Gangsta Gangsta », « Express Yourself » (qui reprend le refrain du même nom du groupe soul sixties Charles Wright & The Watts 103rd Street Rythm Band), l’album est une forêt de tubes qui le poussent vers les sommets. Les scandales associés au « groupe le plus dangereux du monde » aident, comme c’est souvent le cas, N.W.A à vendre trois millions de copies.
Carrières solo et règlements de compte
Surfant sur cette notoriété, Ruthless se développe et sort en rafale un album solo d’Eazy-E (Eazy-Duz-It), largement aidé par ses acolytes de N.W.A, mais aussi JJ Fad, Michelle, The D.O.C. (un rappeur auteur très présent dans l’accomplissement du label), le tout flirtant à chaque fois avec le Disque de platine.
Réussite et pouvoir n’empêchent pas les luttes internes. Ainsi, Ice Cube quitte avec fracas le groupe, fin 1989, pour se lancer dans une fructueuse carrière solo. Il juge que ses royalties sont bien maigres par rapport à ce que son travail rapporte à Eazy-E et à Ruthless. Les tensions entre les différentes parties vont bien sûr se retrouver largement évoquées dans les diverses chansons qui vont suivre, de part et d’autres.
Le mini-album 100 Miles and Runnin’, en 1990, réunit cinq nouvelles chansons, dont deux sont des attaques non-déguisées envers Ice Cube. Ce disque de transition est certifié Disque d’or, avec plus de 500 000 copies vendues. Il sert de transition avec ce qui sera l’opus final de N.W.A : Efil4zaggin (Niggaz 4 Life écrit à l’envers), qui paraît en 1991. La maîtrise de Dr.