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par Christian Larrède

La tête en France, le cœur aux Etats-Unis, un pied dans la chanson, l’autre dans le cinéma, la Noire de la bande, plus mûre et sensuelle que les autres filles de la troupe de « copains yé-yés », offrit dans les années 60 une alternative décente, et en français dans le texte (« T’en va pas comme ça »), aux chanteuses américaines dont on rêvait sur les pochettes de disques, notamment Dionne Warwick à qui elle fut souvent comparée (voire confondue). Jusqu’à ce qu’un drame personnel rattrape Nancy Holloway. A cet instant précis, les tubes et la renommée ne pèsent vraiment pas lourd…

Nancy Brown est née à Cleveland (Ohio) le 11 décembre 1932. Epouse précoce de monsieur Holloway, la Noire américaine n’en conserve que le nom, s’envole pour New York, vit d’expédients et de petits boulots, avant d’être remarquée (en fait, ce sont essentiellement ses jambes qui sont remarquées) par un producteur de ballets. Danseuse et chanteuse d’occasion (privilégiant plutôt le jazz au début de carrière), elle s’installe à Paris en 1960, avec comme camp de base la boîte de jazz le Mars Club, et comme ami Elvis Presley, alors cantonné en Allemagne. Repérée par le comédien André Pousse, elle enregistre son premier 45 tours en 1961 (« Le Boogie du bébé »), et participe en 1962 à son premier tournage (Ballade pour un voyou, avec Laurent Terzieff).

Succès yé-yé

A partir de 1963, elle enregistre plusieurs de ses succès (« Dernier baiser », « Dis-lui que je ne suis pas là » en duo avec Nino Ferrer, et, surtout, l’adaptation du « Don’t Make Me Over » de Dionne Warwick - sous le titre de « T’en vas pas comme ça »). Nancy Holloway tente alors, avec les moyens mis à sa disposition par le milieu français de la musique, d’assumer le rôle de clone de la Warwick. Mais les plateaux de cinéma la réclament de nouveau : elle incarne Sybil dans Le Bluffeur de Sergio Gobbi, aux côtés de Pascale Roberts et Dany Carrel, assume quelques panouilles franco-italiennes, puis retrouve la chouette bande de copains (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell,…) dans Cherchez l’idole (1964) de Michel Boisrond. Son nom figure successivement aux génériques du Gentleman de Cocody (de Christian-Jaque, et avec Jean Marais, en 1965), de Jeux de Massacre (d’Alain Jessua, 1967), et d’à peu près tout ce que le cinéma européen compte de séries B.

Après le drame

En 1969, sa fille Toby (simplement âgée de vingt mois), succombe à une hydrocution.
La chanteuse et actrice sera Mélanie, dans le film de Michel Audiard Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques. Cela constituera son dernier rôle. Après s’être ressourcée grâce à un voyage aux Etats-Unis, elle se contente désormais de quelques concerts dans ces lieux exotiques (l’Inde, l’Asie, l’Afrique), ou dans une poignée de clubs de jazz parisiens, où la nostalgie étant toujours ce qu’elle est, le nom de Nancy Holloway reste vivace dans le cœur des fans.

Christian Larrède

Les dates ...

1969
Décès de la fille de Nancy Holloway
1964
Succès de « T’en vas pas comme ça »
1964
Apparition dans le film Cherchez l'idole
1963
Duo avec Nino Ferrer
1961
Succès de « Le Boogie du bébé »

Vidéo

T'en vas pas comme ç ...
Nancy Holloway

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