La légende veut que les membres de Joy Division se soient promis de reformer un groupe si l’un d’entre eux mourait, à condition que celui-ci ait un son nouveau et change de nom. Le 18 mai 1980, Ian Curtis, leader de la légendaire formation cold wave, est retrouvé pendu dans sa cuisine. Cette année signe donc la fin de Joy Division, formé en 1977 et le début de New Order, nom suggéré par leur manager Rob Gretton, sur lequel planera éternellement le fantôme du chanteur.
Certains voient dans le nom New Order une référence au dictateur Pol Pot : le groupe assume ce genre de critiques infondées puisqu’il en était également victime quelques années précédentes quand les membres adoptèrent celui de Joy Division (la « Division de la joie » faisait référence au quartier des prostituées des camps de concentration nazis) ; mais New Order tout comme Joy Division n’adhère pas à ces idées puisqu’au contraire, ils les dénoncent.
Ces débuts douloureux en font un groupe sombre. Bien qu’enrichi par l’héritage Joy Division, New Order met un point d’honneur à se démarquer de cette précédente formation. Ainsi Bernard Sumner (né Bernard Dicken le 4/1/1956, guitare et claviers) alias « Barney » se reconvertit au chant ; Peter Hook, dit « Hooky » (13/2/1956) tient la basse, Stephen Morris (28/10/1957) la batterie et sa compagne Gillian Gilbert (28/10/1951), arrivée fin 80, la guitare et les claviers. Le groupe conserve cette auréole mystique et dès le départ, ne fait que peu d’apparitions publiques et ne donne que très rarement d’interviewes.
Nouvel Ordre
Le 8 octobre 1981 sort le double album posthume de Joy Division, Still, composé de titres live et inédits, suivi par le single « Ceremony » et sa face B « In a Lonely Place » crédité à New Order. Le premier album suit de près sur le label Factory créé par Anthony Wilson, Alan Erasmus et Rob Gretton (leur manager), orné d’une illustration au design minimaliste réalisée par Peter Saville. Produites par Martin Hannett, les compositions de Movement (novembre 1981) restent sombres, faisant planer l’ombre du défunt Curtis au travers des paroles douloureuses (« I Tried to Understand Him / I Tried So Hard / Time worked so well upon us inside of me / Inside my soul, inside my soul » - « Denial »).
L’ouverture en mai 1982 par le label et le groupe de la discothèque Haçienda (où Laurent Garnier et d’autres DJs feront leurs premiers mixes), qui ne va tarder à devenir un monument de la scène anglaise des années 80 et un symbole de l’explosion de la techno en Europe.
Le 3 mai 1983 sort Power, Corruption and Lies, premier véritable succès de New Order. Un album qui se démarque définitivement du son Joy Division par son approche moins cold wave, grâce aux percussions énergiques, aux lignes de guitares claires et aux mélodies dansantes comme celle de « Age of Consent » dans laquelle Sumner entonne avec légèreté « I’m not the kind that likes to tell you just what i want to do ». Un son puissant et novateur, consacré par le single « Blue Monday » (meilleure vente maxi-single de l’industrie du disque sous sa pochette en forme de disquette informatique), le premier carton de la formation qui en écoule trois millions d’exemplaires. Ce Lundi bleu qui fait danser la planète n’est disponible sur la version américaine du deuxième album (New Order prenant l’habitude de sortir ses titres les plus évidents en format single, les excluant des albums).
Low-Life arrive le 6 mai 1985, muni des singles phare « The Perfect Kiss », « Confusion » et « Shellshock ». L’album qui atteint la septième place des charts britanniques dès sa sortie, est produit par Qwest, le label de Quincy Jones. Ses textes militants dénoncent les méfaits de la guerre, le mauvais traitement des enfants (« and other children like him too abused and used by what adults do dans all day long ») et oscillent entre espoir (« we believe in a land of love dans perfect kiss ») et mélancolie.